POURQUOI QUE J’ÉCRIS

Pourquoi que je vis
Pour la jambe jaune
D’une femme blonde
Boris Vian

Pourquoi que je vis
Se demande Boris
Pourquoi que je meurs
Sous les bombes russes

Pourquoi que j’écris
Sur mon thésaurus
Des mots aux idées
Des maux de la guerre
Sans foi ni loi
De la boucherie

Pourquoi que je pleure
Sur l’écume des jours
et l’arrache-cœur
de faire ces vers
nécessaires et dérisoires
Ces quelques traces 
Pour l’Histoire

Pourquoi que je vais
Cracher sur la tombe
Des poutinolâtres 
Et de l’autocrate
Enterré vivant
Dans son bunker
Du Kremlin

Pourquoi que je vis
Pour l’amour d’la paix
L’amour de la vie







UKRAINE IV Dorio 07/03/2022

BOIRE un blanc sec ou l’œuvre au noir





BOIRE

Il y eut un temps, c’était à l’École Normale, où, avec quelques camarades, j’avais pris le goût de boire. Je me souviens qu’un soir où je flottais entre ciel et terre je me sentis porté à écrire quelques pages sublimes ; la plume volait ; mais au matin ce n’était rien, ou plutôt c’était un parfait exemple de la bêtise dont je pars toujours ; car il n’est pas de jour dans mon existence  où je n’aie eu à surmonter à part moi quelque sottise de belle apparence. Or, en ce cas-ci, je m’étais admiré, j’avoue alors que j’eus peur de moi, et que ce fut fini de l’alcool…Alain





Boire jusqu’à plus soif Boire c’est pas la mer à Boire un café sur l’pont des Arts Boire du noir à Zanzibar Boire un blanc sec Boire un Zola des Rougon-Maquart Boire les sermons de Maître Eckhart Boire un coup prendre un verre de Sancerre Boire pour se saouler de paroles et de bruit Boire en levant le coude Boire en trinquant à la nouvelle année Boire systématiquement (pour oublier les amis de ma femme (Boris Vian) Boire en révisant la conjugaison du verbe au subjonctif imparfait Boire du Vichy sous le régime de Pétain Boire en pétard contre la terre entière Boire la tasse de mare nostrum Boire en chantant l’eau de la claire fontaine Boire quand le vin est tiré Boire du gros bleu qui tache Boire la lumière de l’aurore Boire du regard sa dulcinée Boire Beauvoir (Mémoires d’une jeune fille rangée) Boire la ciguë en donnant sa dernière leçon de philosophie Boire le calice jusqu’à la lie Boire en sonnant l’hallali Boire du petit lait de la chèvre Amélie Boire un jus d’ananas en lisant Nana (var. en attendant sa nana) Boire un vin des Costières à l’abbaye de Saint-Gilles du Gard Boire l’œuvre au noir de Marguerite Yourcenar Boire à la Saint–Médard (ou quarante jours plus tard) Boire un britannicus au Bouillon Racine Boire cette suite jaculatoire jusqu’à plus soif


	

L’BAL HABILE À BILBAO





Bilbao Te fais pas d’bile

Bilbao ne va pas te laisser en rade

C’est un bon prélude pour ta sérénade





Bilbao une chanson de Boris Vian

Sur une musique de Kurt Weill

Chantée avec ce qu’il faut de gouaille

et de raffinement

par la divine Catherine Sauvage





Bilbao cette nuit te tient en éveil

L’bal à Bill À bilbao n’a pas d’âge





Bilbao vieille lune tapée par la main amie

de Blaise Cendrars

La ville lui rappelait

 Au risque de passer pour un imbécile

un décor de Picasso

(Si j’ai bonne mémoire)





Ou peut-être du douanier Rousseau

Celui qui mit sur toile la Muse inspirant le Poète

Marie Laurencin et Apollinaire





Voilà où m’a conduit mon imaginaire

Avec ce dernier vers ultime pirouette


	

IL Y A L’HOMME





il y a l’homme industrieux

il y a l’homme diplodocus

il y a l’homme qui a des puces

il y a l’homme de Marennes et d’Oléron

il y a l’homme du Devon et du Connemara

il y a l’homme de Prévert qui déconne à plein tube*

il y a l’homme polymorphe pervers

il y a l’homme d’Ajar Gary qui se suicide

il y a l’homme scorpion « comme le scorpion mon frère »**

il y a l’homme tigre du Bengale qui se prend pour Borges

il y a l’homme mère des jeux de l’enfance et des arts

il y a l’homme squelette qui joue de l’hélicon

il y a l’homme Boris Vian avec sa trompinette

il y a l’homme qui conduit sa loco comme une bête

il y a l’homme Charlot sa canne et son chapeau

et la petite Paulette Goddard avec qui i s’barre***





* « Quand je serai mort, ils n’ont pas fini de déconner. Ils me connaîtront mieux que moi-même. »

Jacques Prévert

** « Comme le scorpion mon frère Tu es comme le scorpion » 

Nazim Hikmet

*** « C’est la dernière image du film Les Temps Modernes Charlie Chaplin Avec la p’tit’ Paulette Goddard
Main dans la main Ils se barrent Le vagabond, sa vagabonde Leur amour pour conquérir le monde »

Claude Nougaro

L’AIR DE RIEN





L’air de rien

Une chanson venue de la mer





L’air que j’écoute

Assis sur un bois flotté





L’air de l’écume

Un nénuphar dans les poumons

de Chloé





L’air d’Ellington

Sous le grand pin d’Antibes





Une nuit que renaît

Sous ma plume

L’air de rien

https://www.youtube.com/watch?v=6YKWKIfEN8Y