MAIS D’OÙ TU PARLES MADAME POÉSIE ?

 


Si la poésie te parle un instant tu ne sais plus qui tu es
la poésie de l’instant c’est son présent
pur don offrande aux frères humains et aux sœurs lustrales

La poésie se tait aussi mais ne renonce pas
le regard embrassant un arbre suivant un insecte un oiseau
et si les mots se présentent il ne faut pas les manquer

La poésie ne sait pas ce qu’elle va découvrir dans sa quête inlassable
c’est le chemin qui n’existe qu’en le faisant
c’est cette ligne qui sans ses lecteurs s’enfonce dans le néant

La poésie naît d’un manque de l’existence
et meurt de la prétention de l’avoir aboli
dans une œuvre vouée aux honneurs

La poésie si elle n’est pas une expérience de vie et de pensée
sans cesse remise à zéro
n’est que la mer morte où agonise le soi-disant faiseur de poésie
 

















texte Jacqueline Saint Jean
page composée sur papier kraft
format 14x10cm
Dorio
19/05/2017

LE BON TEMPS DE LA VIE





Les poètes ont été pour moi le bon temps de la vie.

                  Gaston Bachelard





La poésie : le plaisir de plonger dans l’irréel

face à l’inhumanité du monde

sa dureté sa cruauté.





La poésie : cette attention à la rêverie poétique

que le bon Bachelard développa en un livre entier.





La poésie : dans l’extrême solitude,

alimentée par les cris et les rires

des médiums de l’écriture,

l’imagination créatrice présente

portant témoignage

du bon temps de la vie.

« Hypnographie« 
JJ Dorio
sur deux vers
de Victor Hugo

AU PLUS PROFOND DU LABYRINTHE





Étendant les mains hors du lit, Plume fut étonné de ne pas rencontrer le mur.

« Tiens, pensa-t-il, les fourmis l’auront mangé… » et il se rendormit.

Henri Michaux


je ne suis pas dans le monde

mais dans mon lit

je ne suis pas dans la lune

mais dans le livre d’un certain Plume

je ne suis pas dans les lieux communs

mais dans ma chambre d’éveil

je ne suis pas un loup au pelage roux

mais un loup qui passe entre les mailles

et les manilles du temps présent

je suis le verbe maladroit

de cette ébauche de poème

abandonné au plus profond du labyrinthe





Tu laisses quelqu’un nager en toi
Michaux
acryliques encres de chine sur toile
Dorio

DERNIER FEUILLET

« La solitude de l’écrivain est toujours à terme la promesse d’une communauté des lecteurs »

Philippe Lacoue-Labarthe

à Pauline Dorio

Dernier feuillet d’un carnet de bord offert par ma fille qui y vit : « Agenda. New York ». Écrit à la main qui court sans trébucher jusqu’au mot dernier.

En l’attendant je temporise, je tends mes pièges aux cinquante lecteurs qui s’y laissent prendre avec délices et orgues. Je (long arrêt).

Dernier feuillet d’Abyssinie sur lequel le poète des Illuminations solde ses comptes de marchand d’armes destinées au roi Ménélik.

Dernier feuillet où l’on se fond on se dilue en oubliant qui l’écrivit Une Voix sans personne : credo paradoxal d’un poète cher que je lis et relie à ceux et celles qui écrivent comme personne.

Dernier feuillet qui s’accomplit sur l’autre scène, celle où l’on s’avance anonyme et masqué. Murmures de paroles reprises par une troupe légère, qui donne vie à cette… légèreté.

Une Voix sans personne Jean Tardieu

LE GOÛT DES MO(R)TS

 
Le goût des mots 
Toujours nouveaux
Toujours manquants
Ou disparus
 
Les distingués
Les putassiers
 
Le goût des nuances
Fixées par l’écrit
Suggérées par la langue
Qui parle au papier
Comme Montaigne le dit
En ses Essais
 
On parlécrit
En murmurant Verlaine et Valéry
Tout ce qui nous fait du bien
Dans la voix des poésies
Du moindre brin de paille dans l’étable
Au toit tranquille où picoraient des focs
 
Toujours nouveaux
Toujours épris
De créations verbales :
Je me recroquemitoufle
Je t’rêve
Je t’raime
Je t’arc-en-ciel
Je tramway nommé désir
 
Le désir de tout dire
Et je manque de mots
Le désir de se taire
Pour penser à ses morts
 
Le goût des mots
Le don des morts
Désormais vivants
Uniquement sur nos lèvres
Et dans la manière folle
De leur écrire
En langue belle
 
(il faudrait continuer)
 
 
je me recroquemitoufle (chanson auteurs : Amade, Delanoé, compositeur Bécaud)
je t'rêve (Dorio éditions Rafael de Surtis)
je t'raime (titre d'une toile peinte par Hérold)
le tout est de tout dire et je manque de mots (Eluard)