CIEL BLEU ET BRISE DÉLICIEUSE

 
Je ne suis pas fatigué de poser chaque jour ces écrits incertains,
mais quand même.


Je ne suis pas si recru de paroles gelées pour ne plus croire aux bienfaits
des mots tissés sur mon petit métier*,
mais quand même.

Je ne suis pas si naïf pour ne pas savoir que mon jeu de marelle ne ravit
que les enfants et les raffinés**,
mais quand même.

Je ne suis pas si égaré pour confondre la poésie du quotidien avec
le tour d'un jour en quatre-vingts mondes, mais Julio Cortázar, si.

Et si je suis encore fringant pour écrire des poèmes sur feuillet noir et blanc
- sans noircir le tableau –
Je sais bien qu'il faut être fou pour croire encore aux images des poètes,
mais quand même.

J'ouvre la fenêtre, il fait nuit, il fait froid et humide, mais j'écris les yeux fermés :
Ciel bleu et brise délicieuse.

 
**Max Jacob




Encres Vives 2019
6,10 € l’exemplaire


















	

LA POÉSIE INSPIRATION EXPIRATION





La poésie inspiration expiration

Co-naissance expérience épiphanie

Présence absence antonomase

Logos Anthropos Cosmos

Papillon diapré escargot sans coquille





La poésie careta que cae

Personne Pessoa

Vide matière hurluberlue

Savante artiste architecte

En attente de Godot

Monologuant sur l’Autre Scène





La poésie du monde-autre

Huronne ivre des mythes en mutation

Du passé qui recule vers le futur

De la petite musique des nuits

de Sainte Insomnie





La poésie du « lieu »

poètes de sept ans

livrent leurs narines

Du langage prélevé à la source

de la prose du monde

de la poétique de la rêverie

du que sais-je ?

je ne sais pas comment le dire





La poésie du comme

du ruisseau comme l’enfance de l’art

Comme le sens caché des choses

Comme le noumène la bagatelle

Comme l’insoutenable légèreté de l’être





citations : chacun.e y reconnaîtra les siennes









Le masque qui tombe

un dessin de Federico Garcia Lorca

*

POUR DE VRAI

   
 
Pour de vrai je m'appelle Montaigne
et j'écris "les Essais"
« J’ajoute et ne corrige pas ».
 
Pour de vrai je m’appelle Tardieu
Monsieur Jean
Je suis cette « voix sans personne »
Qui écrit à la môme Néant
Celle « qu’axiste pas ».
 
Pour de vrai je m’appelle Hugo
Ma fille s’est noyée
« Demain dès l’aube » j’irai
sur sa tombe porter
« un bouquet de houx vert »
et de bruyères en pleurs.
 
Pour de vrai je m’appelle sœur Anne
Sylvestre est mon pseudo
Je fais et chante à profusion
Paroles et musique
De mes chansons
« écrire pour ne pas mourir »
est mon credo.
 
Pour de vrai je m’appelle Dorio
un petit nom discret
Trompettes de la renommée
Vous êtes bien mal embouchées*.
 
*Brassens
 
 
 

LA POÉSIE DU CALAME ET DE LA CHANDELLE

 

Il est nécessaire que les termes que l’image joint
s’appellent par un côté et par un autre se repoussent.
Aussi j’aperçois une grave erreur
dans la maxime de la poésie moderne
suivant laquelle une image est d’autant plus puissante
qu’elle jaillit entre les termes plus éloignés.
L’éloignement ne suffit pas : il faut encore la justesse.
                          Roger Caillois
 
 
La poésie du calame et de la chandelle
Des récitals et du for intérieur
Des primitifs des précieux
Des aborigènes des décadents
 
La poésie du souffle de la souffrance
Des frustrés des résurgents
Des poéticiens des saltimbanques
Des docteurs de la mort
Des guérisseurs de la vie
 
La poésie ouverte fermée
Réelle imaginaire
Métisse tissée d’écritures inouïes
Diastole systole
Hors système hors concours
 
La poésie esprit évasion
Arbre des allégories
Chauffe-biberon pierre mise de chant
Neige en pleurs beauté d’antan
 
La poésie dynamitée
Dualité à hue à dia papillon diapré
Monstre diégétique
Temple tenu par les troncs d’arbre
Colonnes palmiers
 
 
 

LA POÉSIE APAISE ANGOISSE

 

La poésie apaise angoisse
Crie crée murmure se tait
 Môme néant  sous les néons
Géante reine du carnaval
 
La poésie petite flamme geyser
Roses Ronsard et fleurs du mal
Lyre d’Orphée Sirène des pompiers
Genèse chute clameur chut
 
La poésie solaire aube affaiblie
Aurore de paroles Obscure clarté
La même et l’autre
L’outre vide le vin des marges
 
                La poésie des aveugles et des odyssées
 Des noires et des blanches
 Des 88 notes du piano
Arabesques gymnopédies
 
                La poésie secrète effacée
Absente des journaux
et des supermarchés
 Des recueils de poèmes machinés
Par les texticules du hasard
 
 
italiques : Jean T., Charles B., Paul V., Gaston B., Pierre C.,
Géo N., Claude D., Éric S., Revue Littéraire (1976)