QUE C’EST TENTANT UNE FEUILLE BLANCHE

(texte en cours)





que c’est tentant une feuille blanche comme neige

tant va la plume bleue noire rouge ou verte

qu’elle s’y déploie « passe au travers »

– expression mystérieuse je vous l’accorde

suggérée par l’égyptien errer





plume nomade qui trace lignes listes inscriptions

tant et tant qu’à la fin peut émerger

une forme inédite





surtout il est vrai si tout lecteur s’y met lui aussi

toute lectrice s’y attèle prend à son tour la plume

le calame le stylo bic et s’adonne

au recopiage à la main

tout en parlant à son papier





il ne faut pas non plus s'interdire

quelques modifications approximations méprises :

la chair des textes ainsi choyée doit être joyeuse

et nos pages blanches féconder


	

LETTRES ORNÉES DE QUATRE BRINS DE LILAS

 
Lettres brèves
Sous forme de souvenirs  
Ornés de quatre brins de lilas
 
Lettre à l’enfant
Qui disputait trois grains de riz
Aux vautours des ordures
Sur les hauteurs et puanteurs
de Caracas
 
Lettre à l’ivrogne
Qui titubait sur la place Mouffetard
Dans le reflux post-soixante-huitard
La bouche pleine de poèmes
Sans lecteurs et sans but
 
Lettre à l’actrice
Que j’accompagnais à la guitare
Chantant sur scène
Les intermèdes que j’avais mis en musique
de Grand peur et misère du III° Reich
 
La dernière missive
Est pour les inconnu.e.s
Qui perpétuent le monologue pluriel :
nous sommes entretissés…

	

LA POÉSIE À L’ÂME PALIMPSESTE

 

Je ne crois pas que la Poésie, notre objet essentiel,
fasse connaissance du bâillon.
Sa langue, par essence, échappe aux contraintes passagères...
Une dimension inconnue du verbe
lui permet de circuler sans passeport
à travers les miroirs du monde visible.
 
Jean Ballard
 
 
 
 
La poésie du cirque
et du cercle de craie
de la forêt de conifère
d’hyacinthe et d’or
du magma du chaos
des cahots de l’histoire
avec sa grande hache
 
La poésie sans histoires
sans culotte sans littérature
sans moi sans auteur
la poésie de Babel sans blabla
sans coulpe sans repentirs
 
 
La poésie affirmative
qui coupe le souffle
qui endort les maux
qui adonne sans compter
qui accompagne ma morte
qui bat encore un peu
de voix en voix
de toi en moi de vous en ailes
qui ont parcouru ce flot ininterrompu
d’étincelles et d’escarbilles
polyphonie et babil de la très longue enfance
des poètes aux cheveux blancs
à l’âme palimpseste
qui te salue ma mère
qui t’embrasse ma sœur
ô vous frères humains
 
 
citations incitations Brecht, Baudelaire, Perec, Albert Cohen...

RÉEL IMAGINAIRE SYMBOLIQUE pendant l’heure zéro

Pour ce qui est de la réalité – du Réel – c’est,

en cette nuit particulière où l’heure de 2 à 3 compte pour du beurre

en raison du passage à « l’heure d’hiver »,

c’est mon écriture au stylo fin bleu,

sur un rectangle de page immaculée (10,5×15,5 cm),

au lit.

Pour ce qui est de l’Imaginaire,

il varie selon mon régime d’écriture,

lent, rapide, mon désir ou non de fantasmer,

de laisser cours au passage des fantômes du passé

ou aux plagiats anticipés.

Et enfin, pour ce qui est du Symbolique,

ma place au monde est « selon »,

jamais tout à fait la même,

toujours possiblement une autre,

puisque j’aime par-dessus tout la Liberté,

dans le cadre de l’Égalité, la justice toujours à parfaire,

et « ô frères et sœurs humaines », la fraternelle Fraternité.

manuscrit « tel quel »