DISPARITIONS XIX Jacques R.

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

L
es fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

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SONNET DU FEU FOLLET

Tu te sers des poèmes comme d’un élixir

Leurs images leurs ellipses et bien sûr leurs

Enjambements. Tu sais bien que tout ce bazar

S’est initié dans une école de première

.

Celle qu’on appelle encore la primaire

Celle où tu disais tremblant et de mémoire

« C’est un trou de verdure où chante une rivière »

Et le cancre sauvé de honte par l’oiseau lyre

.

Tu te souviens du pré vénéneux de colchiques

« Les vaches y paissant lentement s’empoisonnent »

Tu en as bien d’autres encore que tu récites

.

Dans ta tête la nuit comme des chapelets

Ce sont tes amers tes balises tes voyages

En ces pays où, feu follet, tu disparais… 

OUBLIEUSE MÉMOIRE 142/146

Le temps bifurque perpétuellement vers d’innombrables futurs passés

142

Tu te souviens d’une nuit passée au moulin de Jezeau (Hautes Pyrénées) où ton ami Brugeilles traça 12 encres illustrant ton premier livre de poèmes publié chez JP Oswald en 1975 Itinéraires

143

Tu te souviens du tatou filant dans le llano du Venezuela, aperçu depuis la plateforme d’un camion, qui vous déposa avec ton autre ami Michel Perrin, près de la zone où vivaient les indiens Panarés

144

Tu te souviens de la mer en allée avec le soleil, l’éternité selon Arthur Rimbaud et Pierrot le fou

145

Tu te souviens d’Amanda de Victor Jarra,la sonrisa ancha, la lluvia en el pelo , corriendo a la fabrica donde trabaja Manuel

146

Tu te souviens de ton autre livre publié par Librairie Galerie Racine, rue Racine, à deux pas du théâtre de l’Odéon, que par un tour de passe-passe tu as intitulé Une minute d’éternité

UN CLOWN IMPERTINENT À AUSCHWITZ courriels 100

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

JJ Dorio

100

R.G. à A.T.

Je suis un comique juif et j’étais très connu jadis dans les cabarets yiddish : à Berlin, Varsovie et enfin à Auschwitz.

Un jour j’ai raconté une histoire tellement drôle à un autre détenu qu’il est mort de rire.

C’est sans doute le seul juif mort de rire à Auschwitz.

A.T. à R.G.

Dès son retour à Paris, il se mit à écrire la danse de Gengis Cohn, un récit pervers sur un homme, Moïché Cohn, un acteur de cabaret, clown lyrique, envoyé à Auschwitz.

Debout devant sa tombe, Cohn montre son derrière à l’officier SS qui va l’abattre, et lui crie en yiddish : Kiseh mir in tokhès. (littéralement, lèche mon cul !)

.

R.G. (21 mai 1914-2 décembre 1980) Il se présentait lui-même comme un caméléon, usant d’un pseudo il obtint deux fois le prix Goncourt.

A.T.(25 mai 1957-….) Romancière polonaise, biographe de R.G. sous le titre Zongler : Le jongleur.

ENCORE UN POÈME D’UN HUIT JUIN

C'est un gros poème mais penchant plutôt  côté  prose
C'est le marker à grosse pointe qui l'a écrit
C'est un poème lourd de l'esprit d'un rêve pas marrant
Bien que la vérité sortant du puits d'Oedipe
Ça ne m'a jamais fait prendre mon pied
C'est un poème d'Orphée qui ne se retourne pas
et pour cause
Son Eurydice l'a précédé quand ils sortaient des Enfers
C'est un poème d'amoureux éternels

Poésie mode d'emploi 8 juin 2020

DISPARITION XIX un autre Jacques R.

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

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Encore un Jacques R.

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À la tour Eiffel

Tour Eiffel cesse de me dévisager comme ça

Si je t’offre un sonnet en vers de quatorze syllabes

(Un mètre assidûment cultivé par Jacques Réda)

Ce n’est pas pour que tu me toises de cet œil de crabe

Des toises, certes, tu en as et cette couleur « drab »

(Terne comme disent les anglais) du crabe tu l’as

Malgré le mercurochrome de mi-nium dont la

Ville soigne tes griffures causées par vents et sables

Entre tes jambes écartées passe la foule épaisse

Qui te lorgne les dessous, que ne voiles-tu tes fesses

(D’ailleurs théoriques) il y a des enfants ici

Qui s’en retourneront bientôt rêver dans nos campagnes

Par trouble amour d’une géante à jamais pervertis

Comme hameaux intranquilles au pied d’une montagne.