L’ÉTAT POÉTIQUE

On ne fait pas de poèmes. Ce sont les poèmes qui nous font.

Borges écrivant el hacedor, affirme que nos existences sont traversées d’êtres de fictions : la rumeur d’Odyssées et d’Iliades.

Mais, ce qu’éprouvait ce témoin de poèmes en train de se « fabriquer », (lecteur et auteur tout à la fois), nous n’en saurions jamais rien.

Borges connaissait son Valéry : « un poète n’a pour fonction de ressentir l’état poétique. Il a pour fonction de le créer chez les autres.»

C’est à l’autre écrit-il que les choses arrivent.

Moi, j’arrose mes plantes que l’été malmène, puis je bois le café noir sur la table d’eucalyptus, où je prose ces vers.

RATURES

Pas de ratures s’il vous plaît

Ici on n’a pas la prétention

De participer à l’aventure

Littérature

.

On fait des vers

En s’efforçant

De lier son et sens

Comme mari et femme

.

On écrit d’abord

Dans sa tête

Des images venues

D’on ne sait où :

Du devisement du Monde

De l’écriture magnétique

Des exercices d’exorcisme

.

La suite au prochain texto

UN RIEN

Ce qui détermine le cours des choses : un rien, dit Tabucchi.

Ainsi le cours de cette prose, qui va naissant dans un bar de la Plaza de Armas de Cuzco. Une chanteuse dans le suraiguë, accompagnée par un harpiste buvant comme un trou l’alcool local, du pisco.

Un rien, cette fois du côté de Lisboa, la phrase d’un poète maudit : Dis-moi, pauvre âme refroidie, que penserais-tu d’habiter Lisbonne. Il doit y faire chaud et tu t’y ragaillardirais, comme un lézard.

Et à contre courant, ce désir baudelairien de vivre n’importe où, pourvu que ce soit hors de ce monde, une heure immobile, non indiquée sur le cadran, leggera come un suspiro, rapida come un colpo d’occhio.

Un soupir, un coup d’œil, deux petits riens…