DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

DISPARITION
 XIII

Christian Dotremont

86/92

90

Tu repars de zéro Tu repars du néant
Tu ne fais que passer par stylo interposé

ou par pinceau chinant ses caractères énigmatiques
Tu peins le passage avec légèreté et forces manières

avec les formes de tes mouvements
Tu repars


Tu fais le départ entre dire et faire entre faire et laisser dire
Tu as deux faires au feu la parole et l’écriture


Tu dis stop
Tu prends congé de ta Muse qui trop abuse


Tu lèves la main
Tu lèves l’ancre et tu t’en vas couci-couça d’un dernier trait de plume


Jeter sur le papier tes derniers caractères imaginaires
Tes hypnographies

Dotremont ses logogrammes

Dorio ses hypnographies

Hypnographies sur une planche Dorio 1° mai 2026

Dotremont et ses logogrammes

POUR MÉMOIRE 11 à 15

Je me souviens du bel œuf tout chaud trouvé dans notre poulailler que je gobais avidement

Je me souviens d’avoir assisté avec enthousiasme à la création d’Einstein on the Beach de Bob Wilson et de Phil Glass au théâtre municipal d’Avignon au cours du festival 1976

Je me souviens de Bernaduque le nom de jeune file de ma grand-mère maternelle (je n’ai pas eu de grands-parents paternels)

Je me souviens de mon mariage qui fut aussi le tien le 4 août 1979 mais tu n’es plus là pour que nous le fêtions

Je me souviens que notre repas de noce consista en une bouillabaisse prise à l’Épuisette le restaurant du vallon des Auffes

MAI 68 un commencement qui n’en finit pas


séquence 13

MIRÓ MAI 68

D’un de mes MAI 68 - ils sont inépuisables - je sortirai un chapeau
Un chapeau de président de cardinal de recteur
d'un mandarin portant chapeau
Et je l’accrocherai au réverbère de la Révolution
Petites mains explosant sur la toile
Quand tout s'en va cul par-dessus tête
Avec de grandes coulures de noir
pour la lyre
Nos grillons n'auront duré qu'un été
Mais enfin on se sera bien amusés
Avec les muses et les musées dans la rue
Et avec Joan Miró
Qui à 75 ans signa ce MAI 68
Salve Salive Recréations Germinations
Mains s'envolant vers l'éternelle Insurrection

Jean Jacques Dorio

HOMO MELANCOLICUS courriel 70

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

JJ Dorio

70

M. à T.

Je vis du jour à la journée et parlant en révérence, ne vis que pour moi : mes desseins se terminent là.

J’étudiais jeune pour l’ostentation, depuis, un peu pour m’assagir, à cette heure pour m’ébattre, jamais pour la recherche.

T. à M.

Je vais çà et là sans logique, je m’attarde dans les bistrots jusqu’à la fermeture, ensuite je me lève et je marche.

Le médecin m’a dit : vous êtes un cas classique d’homo melancolicus. Mais Durer a peint la mélancolie assise, ai-je objecté. Votre mélancolie est différente, a-t-il décrété , il s’agit d’une mélancolie mobile. Et il m’a prescrit des exercices moteurs.

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M. .(28 février 1533-13 septembre 1592) Il aimait passer sa vie à sauts et à gambades.

T. (24 septembre 1943-25 mars 2012)  son livre posthume Per Isabel  sous-titré Un mandala Je l’ai lu après la mort de mon Isabelle qui s’appelait Jo T. est finalement mon romancier préféré