PUISQUE TOUT SE TRANSFORME





PUISQUE TOUT SE TRANSFORME

Frayer encor avec les Romains lettrés, écrivant poésies, – avant J.C – « Ainsi rien ne périt malgré les apparences Puisque tout se transforme Et que toute naissance en ce monde a besoin du secours de la mort »

« Petit moineau, délices de Lesbie », becquetant les doigts de la Belle.

Jouer encor de nos chants alternés, avec les Dieux enfuis, comme pour prolonger ces impossibles souhaits : « Essayons par magie de guérir, de séduire ».

Avant que ne nous happe, notre lyre brisée, la gueule de ce monstre, qu’un poète, déjà, nomma la bouche d’ombre.

avec Lucrèce, Catulle, Virgile, Properce.

manuscrit premier jet
fond : aplats d’acrylique, « hypnographies » encre de Chine
Dorio


DÉCLINAISONS D’UN POÈTE

 


 
 
Je suis un poète de deuxième main
Fervent des citations
Territoires de l’imaginaire
 
Je suis un poète clé en main
Mais un malin génie
Change sans cesse mes serrures
 
Je suis un poète qui à l’argus de la poésie
Ne vaut pas une cacahouète
 
Je suis un poète qu’Axiste pas
Môme néant Homme égaré
dans le fleuve caché
des poésies de Jean Tardieu
 
Je suis un poète nature-culture
à double sens
 
Je suis un poète de première main
En sortant de ce poème
Éteignez s’il vous plaît la lumière
 
 
 
 

BOIRE SOUS LA LUNE PEUPLER SA SOLITUDE

 
Boire seul sous la lune, écrit Li Bo, qui la prend pour amie et avec l’ombre qu’elle lui procure, les voilà trois.
 Que n’inventons-nous pas pour peupler notre solitude ?
Assurément cette main qui court le papier, maniant le pinceau du poète-calligraphe,
ou bien l’ancienne plume et son encrier, avant le stylo pointe fine.

Écrire seul en silence, calé sur son oreiller, la lune à la fenêtre, les volets grands ouverts. Suggérer les activités joyeuses de jadis : la toupie sur les carreaux de la cuisine,
le jeu de barres dans la cour de l’école et la construction d’une cabane.
Hier après-midi, quand mon petit-fils a vu que sa cabane imaginaire,
quelques branches appuyées contre un tronc de pin, avaient été enlevées,
il m’a dit en secret : c’est un coup des hyènes.

Li Bo réapparaît, nuit de lune sur le fleuve, il vacille en buvant une nouvelle coupe de vin de Sin-fong.

 Un dernier coup de rame, ma barque de papier ne sert plus que de marque-page,
les images des rêves, comment les épuiser ?
  
 
Li Bo (Li Po, Li Bai) 701-762









"Boire sous la lune" manuscrit premier jet
fond : composition Dorio
"hypnographies" néologisme inventé par JJ Dorio
collage sur papier glacé de revue

détail

OBSTINÉ

 


 
OBSTINÉ
 
 
Obstiné ? Obstiné ! Rigoureux ? Si on veut.
Plutôt dans le couple en tension, passion des mots et, après coup, essai de précision.
 
Obstiné. Dans le va-et-vient des rencontres qui remettent tout en question,
les conteurs à zéro.
 
 Obstiné. Dans ces inscriptions manuscrites qui couvrent mille de mes carnets,
écrits aux Halles de Paris, au marché de Cuzco, dans le métro de New York,
le tube londonien, devant un lac des Hautes Pyrénées,
dans la case de mes hôtes amérindiens,
etc
 
Obstiné. Tout ça, au fur et à mesure, ayant tendance à s’oublier.
Passage aux oubliettes, dans les impasses du labyrinthe des causes perdues.
 
 Ostinato Rigore.
Laissant la ricorée de l’âme à ceux qui n’aiment ni le fort de café,
Ni le for intérieur.
 
Le poème véritable résiste à l’indifférence comme à la louange.
Liberté sur parole : libertad bajo palabra, comme écrivait Octavio Paz.
 
 
 
(manuscrit filtre à café)
 

fond : encres de chine, acrylique, collages végétaux.
50×70 cm

titre : cien años de soledad
jj dorio