CRISTALLISATION


filtre à café 1



C’est la première fois que j’écris sur un filtre à café brun marron
Ça m’oblige à faire des lignes courbes et d’imaginer des mots à la place
des grains de café réduits en poudre :
Et nous les os devenons cendre et poudre. François Villon.
Recopier des vers anciens que j’ai en tête et qui viennent au hasard de mes rêveries,
m’irriguer de leurs sens toujours renouvelés.
La main écrit, s’arrête, reprend, parle, se tait,
se répète, file la métaphore,
nous conduit au-delà de ce que nous sommes et nous ne sommes pas.
 
Labyrinthe, parcours labyrinthique,
à tâtons, j’avance et je me heurte, j’interprète, je me trompe
ou je réussis, le bel hasard me guide, ou me trahit.
 
Traité des Tropes de Du Marsais, pour y voir plus clair
ou trébucher – tropezar – dit-on en Espagne.
Le tout est de se relever. Relever ses filets de voix
et de manières de dire.
Arborescences, buissonnements,
puis, ce rameau d’arbre effeuillé l’hiver,
par la mort de sa compagne,
et qui par l’opération
de l’écrit
devient cristallisation
chère à l’amour stendhalien.
 
 
 
 

 
 
 
 
 

UNE NUIT UNE SEULE

 


une nuit une seule
comme si c’était la dernière
verbe éclatant dans les nuits sombres*
 
*Abbé Constant(1845)
 
 
une nuit une seule
celle de ta naissance*
dans ta maison d’enfance
et celle qu’inscriront tes filles
sur la tombe
 
*24 mars 1945
 
une nuit une seule
écrite à l’encre blanche
comme l’invisible
dans le visible
 
 
une nuit une seule
veilleur lisant
les mythes remaniés
dans les Correspondances
de Swedemborg
et de Charles Baudelaire
 
une nuit une seule
la voix du mimosa
les amours jaunes
de Tristan
les hérésies des romantiques
messies des temps modernes
 
 
 
 
une nuit une seule
ma femme mourut
et mon cœur fut déchiré
mais de ce déchirement même
sortit une force violente
et même frénétique*
 
*Michelet
 
 
une nuit une seule
éclairée par l’imagination
l’arcane majeur
que manient
les peintres musiciens poètes
et littérateurs
 
 
une nuit une seule
sur les sentiers qui reculent vers le futur
de nos neiges d’antan
 
 
 
 
 
 

L’HUMEUR DES NUITS

L'humeur des nuits 
varie selon les heures

leurres du sommeil passager
ou éveils aux images insensées
qui nous traversent l'esprit

cette nuit
j'essaie de les écarter
l'une après l'autre

c'est ce que traduisent
maladroitement
ces coups de pinceaux
que je livre au papier





hypnographies
encre de chine sur papier de revue
jjd

J’ÉCRIS SUR MES RÊVES

 


Je rêve. J’écris un poème.
Je ne me demande jamais
Pourquoi.
 
 
Je rêve. J’écris une lettre.
Elle ressemble à un nuage
Sur la montagne.
 
 
Je rêve. J’écris sur mon ombre.
Elle a la forme d’une jarre
Qui s’écoule à flots.
 
 
Je rêve. J’écris sur le saule
Du vieil étang.
Il n’a plus de grenouilles
Depuis belle lurette.
 
 
 
Je rêve. J’écris sur l’amandier
Aussi blanc
Que ma tête.
 
Je rêve. J’écris sur la soie
Le bruit d’un filet d’eau
Dans mon pré.
 
Je rêve. J’écris sur ma mort
Une cloche fêlée appelle les fidèles.
Mais personne ne vient.

Je rêve. J’écris Amour
Sur un jeune pin qui s’éclate
Dans le printemps.
 
Je rêve. J’écris en retenant
Le souffle de la nuit.
Elle a les yeux d’un serpent
Qui se déplace sur les feuilles mortes
 
Je rêve. J’écris sur ma porte
C’est toujours ouvert
Entrez sans frapper.