
à l’entame
un entaille
une cicatrice
à jamais
puis Mémoire
en suspens
une autre vie
émerge
à cheval
d’un bois flotté
il suffit
d’une houle
à l’entame
une entaille
à la fin
une brise
pensées
ne pèsent plus
Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour


une nuit une seule
comme si c’était la dernière
verbe éclatant dans les nuits sombres*
*Abbé Constant(1845)
une nuit une seule
celle de ta naissance*
dans ta maison d’enfance
et celle qu’inscriront tes filles
sur la tombe
*24 mars 1945
une nuit une seule
écrite à l’encre blanche
comme l’invisible
dans le visible
une nuit une seule
veilleur lisant
les mythes remaniés
dans les Correspondances
de Swedemborg
et de Charles Baudelaire
une nuit une seule
la voix du mimosa
les amours jaunes
de Tristan
les hérésies des romantiques
messies des temps modernes
une nuit une seule
ma femme mourut
et mon cœur fut déchiré
mais de ce déchirement même
sortit une force violente
et même frénétique*
*Michelet
une nuit une seule
éclairée par l’imagination
l’arcane majeur
que manient
les peintres musiciens poètes
et littérateurs
une nuit une seule
sur les sentiers qui reculent vers le futur
de nos neiges d’antan
L'humeur des nuits
varie selon les heures
leurres du sommeil passager
ou éveils aux images insensées
qui nous traversent l'esprit
cette nuit
j'essaie de les écarter
l'une après l'autre
c'est ce que traduisent
maladroitement
ces coups de pinceaux
que je livre au papier

Je rêve. J’écris un poème.
Je ne me demande jamais
Pourquoi.
Je rêve. J’écris une lettre.
Elle ressemble à un nuage
Sur la montagne.
Je rêve. J’écris sur mon ombre.
Elle a la forme d’une jarre
Qui s’écoule à flots.
Je rêve. J’écris sur le saule
Du vieil étang.
Il n’a plus de grenouilles
Depuis belle lurette.
Je rêve. J’écris sur l’amandier
Aussi blanc
Que ma tête.
Je rêve. J’écris sur la soie
Le bruit d’un filet d’eau
Dans mon pré.
Je rêve. J’écris sur ma mort
Une cloche fêlée appelle les fidèles.
Mais personne ne vient.
Je rêve. J’écris Amour
Sur un jeune pin qui s’éclate
Dans le printemps.
Je rêve. J’écris en retenant
Le souffle de la nuit.
Elle a les yeux d’un serpent
Qui se déplace sur les feuilles mortes
Je rêve. J’écris sur ma porte
C’est toujours ouvert
Entrez sans frapper.