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Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour
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Pour Sophie et pour Jean-Louis,
Il faut nager juste ce qu’il faut afin de s’abstenir d’essayer de sauver autrui. Il faut écrire juste ce qu’il faut afin de s’abstenir de vouloir être lu à tout prix. Il faut lire un roman juste ce qu’il faut afin de s’abstenir de se prendre pour son auteur (Enrique Vila-Matas) qui se prend dans ce premier essai romanesque Paris no se acaba nunca (Paris ne finit jamais) pour Papa Hemingway et son célèbre Paris est une fête.
« Tu ressembles à un disque rayé » dit la maman peu amène à son fiston au téléphone, elle à Barcelone, lui à Paris. « Paris est rayé », aurait écrit dans une lettre Kafka. Vila-Matas fait une liste de raies : le toit de verre situé au Grand Palais, les grilles des balcons, la Tour Eiffel qui se compose de traits, les petites chaises que l’on voit en plein air et les petites tables de café dont les jambes sont (encore) des traits.
Tu ressembles au lecteur qui lut tous les premiers livres de poche qui parurent et que tu te procurais au sous-sol du drugstore de Saint Germain : Kœnismark de Pierre Benoît, Les clés du royaume de A.J. Cronin, Vol de nuit de Saint-Ex (comme nous l’appelions), Ambre (le prénom de ta petite fille, soi dit en passant) de Kathlen Winsor.
Couchant ses souvenirs sur le papier, tu espères qu’à l’avenir ils auront disparu dans la poche trouée de la postérité. Juste ce qu’il faut afin de s’abstenir d’essayer de devenir un romancier.
On espère parfois l’avenir sans souvenirs Ne plus rien voir des tours d’ivoire Sœur Anne qu’avez-vous à signaler ?
Jean-Louis Rambour Y trouver la fièvre Éditions L’Herbe qui tremble
Martigues 10 décembre 2023
9 SI ÇA VOUS CHANTE Au cabaret « Untel » – un clin d’œil au côté antiintellectuel de la boutique (une cave plutôt) -, ça fredonne, ça trinque et ça fumaille, mais aussi ça sait se taire pendant la chanson de trois minutes qui étreint les cœurs ou fait rire les gorges, qui mouille les yeux et fait oublier le temps perdu à déplorer les misères de la vie, Et vie ô ma misère. Chansons de poètes dit l’affiche peinte en rouge et noir par Brougeilles de l’Adour, un nom hérité de la Révolution Française. Voilà Un enfant a dit (« c’est leur innocence qui est parfois accordée au poète » a écrit Queno, l’auteur de la chansonnette), et voici, a continuacion, Sourde est la nuit et Tuileries (« Morte est la Seine Morte est Paris). « Et maintenant chers Untéliens, chères Untéliennes, dit l’A nimateur de la soirée, un peu de de gouaille, de gaîté et d’alacrité, avec les chansons de notre ami Jacques, interprétées par les Quatre Chevelus. En sortant de l’école, Chanson dans le sang, Chasse à l’enfant, Le cancre, Page d’écriture, L’orgue de Barbarie, La complainte de Vincent, Et la fête continue. Pour faire passer les romances, Paulette et Saturnin boivent des verres. L’une avec ses copines, Françoise, Véronique, Arlette, Simone et Michelle, la petite bande des jeunes filles à chemises à fleurs et à jupes plissées qui descendaient aux chevilles (avant la mini). Elles ont perdu Aline une nuit que la mer en furie a effacé sur le sable son doux visage qui leur souriait. Ce que c’est tout de même que de nous, dit Paulette, un brin percutée par les paroles d’un nouveau chanteur aux allures de gorille. Saturnin durant ce temps a été accaparé par un copain d’enfance, un nommé Tesson (il est interdit d’ajouter, même en pensée, « comme une bouteille cassée). Et voilà, autour de minuit, les poèmes chantés, sortis des pages de livres, absents des librairies, « retombent dans leur effritement de leurs caractères d’imprimerie », encore une phrase du poète de Si tu t’imagines. Ça a été la chanson conclusive. Finies les cours de récrés d’enfants délurés et le teint rose des jeunes filles en fleurs. Xa aurait pu durer un peu plus, un peu plus longtemps, longtemps, longtemps, longtemps, avant que les poètes aient disparu.
Roman en cours d’écriture (chapitre 9)