J’ÉCRIS opus 23





J’écris ce texte de clôture d’une plume douce

J’écris mezzo voce dans une chambre

entre deux sommes qui nettoient mes pensées





J’écris naturellement (si je puis dire)

J’écris toujours en chantier

J’écris bien entouré

de livres (jamais les mêmes)

d’un dictionnaire de rimes

et, depuis peu, d’un smartphone

qui m’éclaire sur un mot, un nom,

une expression toute faite,

qu’il faut étirer, condenser, modifier





J’écris et ça fait tilt

J’écris du tac au tac

J’écris tic, tic et tic





J’écris pour en finir avec le jugement des dieux

J’écris en dissident

J’écris en décidant d’arrêter là cette série à l’opus 23

J’écris de mon écriture de puce

(piqûre de rappel nécessaire à toute critique

de ce qui prétend être une écriture singulière)





J’écris témoin du temps

Passeur à la mode d’antan

(cadrage et débordement)





J’écris rugby

J’écris essai

(mais nulle foule en liesse

pour exhiber la pancarte try)





J’écris j’essaie

(à la main sur un papier vergé)

J’écris en seconde main sur le clavier

mon texte modifié (à la marge)

ou, parfois, rejeté





J’écris rejetons

(avec ses connotations sans fin)





J’écris comme ma sœur Anne

dans une maison pleine de fenêtres

(traversée de part en part par les murmures

du peuple d’écrivain.e.s)





J’écris pour mon petit-fils

qui va entrer en mat(ernelle) sup(èrieure)





J’écris pour blaguer avec mon papier

J’écris pour virevolter

J’écris en compulsant (un max)

J’écris par intermittences

(du cœur, du corps et de ce qui me reste d’esprit)





J’écris très vite (côté cour d’honneur)

et plus que lentement (côté jardin imparfait)





J’écris en faisant chanter le feutre

(style musique pour une porte et un soupir)





J’écris en commençant par cette fameuse phrase venue des dieux

et en finissant nu comme un vers de Verlaine

et tout le reste est littérature





Martigues 16/07/2021  2heures 53

UN ÉCRIVANT IMPÉNITENT





J’écris comme ça vient. Et quand ça ne vient pas, je n’écris pas.

J’écris dans le secret des nuits, sous la lumière pâle de mes sept lustres (et demi).

J’écris en essayant d’être le moins possible « personnel ; c’est le défaut majeur des joueurs de rugby, qui oublient de faire la passe à leur partenaire mieux placé qu’eux pour marquer l’essai.

J’écris dans le vertige des mots et des choses, de soi et des autres qui ont merveilleusement écrits et qui nous donnent le vertige des listes, « entre l’exhaustif et l’inachevé.» (Georges Perec)

J’écris formellement sans me formaliser.

J’écris fort de café, laissant à la main entraînée la possibilité de filtrer entre événements réels et imaginés.

J’écris l’éclair et le deuil, le vocable sorti de derrière les fagots ou puisé par Montaigne ou Queneau, le rhizome « qui peut être brisé en n’importe quel point et reprendre en suivant une nouvelle pousse.» (selon Deleuze et Guattari)

J’écris sans rien de commun avec qui je suis. (un peu tout de même)

J’écris en vain mais « quand personne ne me lira » (Montaigne), j’aurai fait mon possible, alléluia, pour donner une forme au multiple et au singulier.

J’écris comme peignait Miró à partir d’un grain de poussière sur la toile, d’une inflexion de voix chère qui ne s’est pas encore tue, du fagot dans ma chambre quand j’avais une cheminée (qui tirait), de la forêt de pins d’Alep qui a brûlé cet été, de la cabane sans cesse commencée qu’imagine et fabrique mon petit fils âgé de 5 ans, à côté de l’étang de Pourra aux mille flamants. (hier 22/12/2020)

J’écris avec le tremblement heureux de mon ignorance et les 750 volumes de la Pléiade qui forment l’ADN de chacun des Sapiens.

J’écris comme ça vient. Et quand ça ne vient pas, je n’écris pas.

TRAVERSÉE DU GUÉ

Traversée du gué
Passage des eaux
Fendre les flots
Avec Raymond Queneau


Ça nettoie bien sûr
De la saleté
De la boue de l'Histoire
Et de ses coups tordus
Traversée des écrits
Qui cherchent à sortir
Par le haut des conflits

Non le chant des Sirènes
Qui sèment l'anathème
Mais le don comme essai




Sur nos petits bateaux
Maman
Qui ont du cœur
Et puis des jambes

	

L’ÉTERNITÉ DU JOUR QUI VIENT

 






C’est un essai
Un gaspillage
De mots gratuits
De mots salés
Sucrés poivrés
Que n’aiment pas
Les sociétés
Platon le dit
Il faut chasser
De la cité
Tous les poètes
Les inventifs
Porteurs de muses
Et d’Odyssée
Platon a peur
De l’insensé
Qui le traverse
Du noir soleil
Du feuilleton
Des vies fictives
Filles du feu
D’un orphelin
De Reine Mère
Chants odelettes
Nos fantaisies
Nous font revivre
L’éternité
Du jour qui vient
Dans un poème
Renouvelé