Quelqu’un qui parle dans la nuit
En lisant des poèmes qu'il se donne l'illusion d'écrire
Que personne par conséquent n'a jamais lus
Des poèmes à qui il voudrait faire un sort
Et qu'il donne en pâture sur sa page
aux mots fourmis aux nuages à l’oubli
On ne saura jamais se dit-il qui les écrivit
Divisé mécontent sans espoir
Ou bien Uni dans la joie en chantant
Quelqu’un (croiront ses lecteurs peut-être)
Qui voulait renouveler le monde
De sa belle Utopie
Multipliant les mots de passe
Amont aval remous regrets
Remords râle gazouillis
Quelqu’un qui passe et disparaît
Quand tous les morts sont partis
Au grand bal des poésies
Category Archives: Une écriture à part soi
LES SECRETS D’UN JARDIN
SECRETS DE JARDINS
Forcément, chacun cultive son jardin ou le laisse à l’abandon.
Ces derniers, outre les ronces, euphorbes ou matricaires, sont peuplés d’espèces venues des quatre coins de la planète Terre, le robinier faux acacia, le buddleia de David, la renouée du Japon.
C’est une aubaine pour les oiseaux du ciel qui viennent y nicher au risque de se faire dévorer par les chats maraudeurs.
Dans l’autre cas, celui du jardin cultivé, le jardinier remue ciel et terre pour que chaque fleur reçoive sa part de lumière, la noire comme l’irisée.
Et ça donne les fleurs du mal du poète du Spleen, la fleur absente de tout bouquet du Symboliste, le bariolage des Baroques, le jardin imparfait de l’auteur des Essais, et celui de mon père, qui fut sa gloire et dont je cultive les Regrets.

mon petit carré d’herbes folles
Aux Martigues le 5 mai 2024
VISER LA CIBLE DE L’IMPOSSIBLE
VISER LA CIBLE DE L’IMPOSSIBLE
S’il est impossible de voir un kangourou tourner un moulin à café, il est encore possible de lire la chanson du jardinier fou, imaginée par Lewis Carroll et traduite de l’anglais.
S’il est impossible d’entendre la voix de Montaigne enregistrée sur bande magnétique, il est encore possible de le lire « parlant au papier. »
S’il est impossible de sauver la planète bleue, il est encore possible de la peindre en vert.
S’il est impossible d’assister à son enterrement, il est encore possible d’en faire une répétition en invitant la fanfare des Quatr’z’arts.
S’il est impossible d’ouvrir la lame du couteau auquel il manque le manche, il est encore possible chaque dimanche d’offrir des roses blanches à sa jolie maman.
S’il est impossible que mes morts hâblent, il est encore possible, en utilisant une rime équivoquée, d’écrire cet aphorisme mémorable.
S’il est impossible de coucher son malheur sur un cahier d’écolier, il est encore possible de se coucher de bonne heure à la Recherche du temps perdu.
LE CHAT EST MAIGRE
Le chat est maigre
Style Giacometti
Si vous voyez ce que je veux dire
C’est le chat des poésies
Qui rôde à minuit pile
Sur ma page stérile
Pas tout à fait cependant
Puisque ces lignes résonnent
Comme une corde métallique
Rien vous l’aurez compris
De l’ardente lyre de ce dimanche
Qui s’éternise sur la page
De la chanson du mal aimé
Rien d’un frémissement divin
Ou d’une extase languide
Et cependant maigres paroles
Ont fait mouvement filé la laine
De mon esprit et détendu mon corps
Mais personne n’est obligé de me croire
lundi 3 juin 2024 0h33
POUR VINGT LECTEURS
Est-ce que pour vingt lecteurs (lectrices comprises) j’écris en vain?
J’écris quand le temps semble s’arrêter pour voir ce qu’il en est ce qu’il peut en sortir :
la vérité au fond du puits du jardin familial quand j’étais enfant
le hasard aboli par un coup de dés magistral
les tourments d’un copiste qui refuse obstinément de faire une page supplémentaire
le silence catégorie d’une langue s’opposant au bruit du temps
la lecture de quelques passages de la bible d’un auteur hébraïsant le français
l’univers des quantas qui s’organise en se désintégrant
En bref tout ce qui dans mon inconscient a précédé cet écrit de fortune
J’aimerais bien que mes vingt lectrices (lecteurs compris) poursuivent cette liste mais je sais d’expérience que c’est trop leur demander
Qu’à cela ne tienne la plume en l’absence ça me connaît