UN VOYAGE EN HIVER

Maintenant pour alimenter mon conte qui n’en finit pas de commencer je reprends comme on fait reprendre un feu réticent quelques débuts d’aventures écrites en italien par un écrivain majeur du siècle XX.

Soit comme ils viennent dans cette édition à couverture verte achetée à la Tour de Babel la librairie italienne rue du roi de Sicile ( métro Saint Paul) : l’avventura di un soldato, l’avventurra di un bandito, …una bagnante, un impie gâté, libre traduction de mon ordinateur fâché avec l’italien, c’est impiegato qu’il faut lire, puis toujours dans la langue de Calvino, un fotagrafo, un viaggiatore, un lettore, un miope, una moglie, due esposi, un poeta, un sciatore, un automilista.
Ce qui donne en français dans le texte et par ordre alphabétique, les aventures d’un automobiliste, une baigneuse, un bandit, deux époux, un employé, une épouse, un lecteur, un myope, un photographe, un poète (vos papiers), un skieur, un soldat, un voyageur.

Si par une après-midi d’hiver mon voyage de janvier s’est terminé hier par un vol éclair d’une heure quarante entre Londres Heathrow et Marseille Marignane. Nous avons vu toutes les Alpes sous la neige, le mont Ventoux, la Sainte Victoire, et viré de bord sur l’antique Phocée.
Le chapitre était fini A. lut rapidement les premières lignes du suivant qu’il jugea étonnamment alléchantes…(l’aventure d’un lecteur)

Paris 16 janvier Martigues 24 janvier 2024

A. non era pero un lettore affrettato, famelico. Era arrivato all’eta in cui le seconde o le terze o le quarte letture danno piu piacere che le prime. Eppure aveva ancora molti continente da scoprire.

(on demande un traducteur ou une traductrice)

DES PAGES GRAVÉES DANS LE MARBRE

Aujourd’hui j’ai vu des pages et des pages gravées dans le marbre : de la pierre de Rosette à l’épopée de Gilgamesh

J’ai vu j’ai lu j’ai regardé avec une attention extrême si bien qu’il y a eu un moment où je me suis évaporé

Revenu à moi je me suis fait la remarque que j’avais vu des pages et des pages de tablettes de signes et aucun nom d’auteur aucune signature Alors j’ai imaginé un musée d’aujourd’hui où l’on pourrait voir affiché la littérature et les essais du siècle XX sans noms d’auteurs (en anglais à Londres, en espagnol à Madrid et à Mexico et à Buenos Aires, en italien à Rome, en portugais à Lisbonne…)

Et pour Paris voilà ce que l’on pourrait lire dans la première salle (c’est juste le début chacun doit continuer le combat) :

C’est ce qui échappe aux mots que les mots doivent dire…C’est une grave erreur de croire en une écriture féminine ou masculine…Il n’y a que des écritures tout court et plus elles sont androgynes mieux c’est…Ah tiens mais comme je suis contente quelle chance de vous rencontrer dans cette librairie Hachards…Je vous présente mon père avec qui nous sommes à la recherche d’un livre devenu introuvable…mais sait-on jamais ici…Son père réservé comme attendri arbore un sourire timide gêné…il a vu à la première page cette dédicace imprimée : À mon père…

Londres 19 et 20 janvier 2024

IMPRESSIONS SUR PAPIER FRAGILE

J’ai vu à la Royal Academy de Londres une toile comme une étoile qui tombe sans que personne ne la regarde L’ébauche d’une montagne : quelques griffures au crayon en haut côté sud et un peu d’eau jetée sur des couleurs pastels discrètes avec une surface de papier demeuré blanc C’est la dernière de Paul Cézanne , une japonaiserie sans signature (exposition Impressionists on Paper)

J’ai lu grâce aux travaux de recherche de Pauline Dorio, ces conseils de Charles Fontaine (13 juillet 1514-mort à une date inconnue) qui devraient m’inciter « écrivant barthesien » à cacher 9 ans ces écrits pour ne pas qu’ils ne demeurent qu’essais vains :

Car raison veut que je les avertisse
Qu’ils n’ont pas eu de poète notice
Qui dit qu’on doit garder ses vers neuf ans
Pour ce qu’on doit craindre flottes et vents
Lorsqu’on transporte et qu’on met en lumière
Des écrivants leur ouvrage première

Et enfin j’ai récrit en partie une reprise du concours de Blois initié par Charles d’Orleans duc et père d’un roi de France, concours dit de la ballade des Contradictions auquel participa entre autres pairs François Villon :

Je meurs de soif auprès de la fontaine
Froid comme feu je ris en pleurs
Rien ne m’est sûr que la chose incertaine
Et mes bouquets n'ont nulle fleur


Londres 17 et 18 janvier 2024