LA FERVEUR SUBVERSIVE DU CHANT
« Malgré la fiction de la page blanche
Nous écrivons toujours sur de l’écrit »
Michel de Certeau
Pas de trône
- ce pose-cul des chieurs d’antan –
Pas de chaises à porteur
- pour les prélats les soldats
et le roi des cons –
Mais la chaise de Vincent
Et la fleur inverse
Du troubadour Raimbaut
Pas de bois mort
dont on fait les croix
et les cercueils
Et pas de lettres mortes
dont on fait les bibles
et les abolis bibelots
Mais la sève des ronciers
Le bleu des chardons
Et le rire non-rire
De Buster Keaton
Pas de chant sacré
Sans la clef donnée
À qui veut bien chercher
à la saisir
Pour en jouer et déjouer
le trobar clus des Troubadours
D’hier et de maintenant
Maintenant la ferveur subversive du chant
Poème écrit sur une page de « Le rire du sacré »
Jean-Claude Marol (1999)
Category Archives: Une écriture à part soi
UNE VIE BELLE ET BONNE…
…avec et pour autrui, dans des institutions justes. Paul Ricœur
Où va la vie
La vie bonne
La vie belle
Qui ensorcelle
Elle va,
elle vient
De tes lèvres
De tes mains
À la plume
Qui trace
Des signes
Plus noirs
Que les raisins
De ta colère
J ' y vois
Des présages
Des énigmes
Des orages
Une histoire
Imprécise où
Nous avançons
Ensemble désunis
La dérive des sentiments
Un effet sûrement
Du dérèglement
Climatique
Où va la vie
La vie légère
La vie gaie
Au fil des eaux
Au fil des nuits
J'écoute
le chant
Du rossignol
Il dit
La vie est là
La vie est là
Au bord
des mots
Ecoute et espère
Danielle Nabonne
Comme Danielle, qui rumine mes textes et poèmes quotidiens
pour en faire à sa manière,
un nouvel essai de dire l'indicible,
n'hésitez pas lecteurs lectrices,
de rebondir et de m'adresser
vos écrits
Cet espace est fait pour les accueillir
doriojeanjacques@gmail.com

Gérard Fromanger au musée Estrine Saint Rémy de Provence
LE JEU DU JE
Avec « Je » c’est toujours un problème.
Descartes nous a fait certes le coup du cogito : Je pense = Je suis.
Mais cette pensée fulgurante ne passe pas le cap d’une vie.
À l’opposé il y a ce fameux « Je est un Autre », cité ad nauseum.
(Il s’en fichait Arthur, qui plaqua tout son attirail poétique,
pour aller faire commerce de fusils, là-bas en Éthiopie.)
« Je » est le même et le différent.
Il faut maintenir le suspens.
***
Avec JE je me débrouille comme je peux
Je amoureux et Je jaloux
Je jouant avec la langue de Molière ou de La Rue
Je qui avec le temps se métamorphose en un être plus ou moins reconnaissable
Je bavard et Je silencieux
Je en fuite dans une phrase qui fait erreur sur la personne
Je sous le charme des Jeunes Filles en Fleurs
Je des Enfers vécus et Je des Paradis perdus
Je enfantin enfantant des géographies mentales
Je amant des mots des choses
et des douc/leurs de nos existences
OÙ VA LA VIE LA FOLLE
Où va la vie la folle
Où va la vie violette
Où va la vie la dingue
Où va la vie pâquerette
Où va la vie « la » lièvre
Où va la vie la lèvre
Où va la vie qui gîte
Où va la vie furtive
Elle va où elle veut
Au bassin de radoub
À Bassan où les fous
Traversent notre corps
Elle va sur les lèvres des vivants
Où nous resterons encor quelque temps
Quand notre corps matière
Aura filé dans les étoiles
D’où nous venons
AINSI DE NUIT EN NUIT
Ainsi de nuit en nuit je me dénuite
Je sors des mots inédits ligne à ligne
Je tisse je détisse je rumine
et poème se faisant je m’oublie
Le Temps reviendra bien me tarauder
Mais quand j’écris il est exclu du jeu
De même que ce « je » qui n’est pas « moi »
Ainsi de nuit en nuit ce beau défi
Comme je m’interdis les repentirs
De raturer de faire des biffures
(au risque d’un vers de guingois mort-né)
J’attends je n’écris que quand j’ai trouvé
Comment touiller le feu le miel la cendre
Ainsi de nuit en nuit je dynamite
Fragments fusées désarrois espérances
Rituel d’oubli mémoire du vide
Hypnose Temps perdu Instants précieux