TOMBEAU DE JACQUES ROUBAUD

Brillons la vie     et sans écueils au port

D’abord légère     dans le style joyeux

Jusqu’à la mort    rimes qui n’ont plus cours

Poisse la nuit     au bout du doigt qui écrit

Entends mes vers    rêvés entre deux rives

Ils se dépêtrent    grattent la boue d’un fleuve

C’est le Léthé    le cours d’eau des Enfers

Tranche la vie    ni couronne ni fleurs

Jacques Roubaud poète prosateur mathématicien oulipien

5 décembre 1932 5 décembre 2024

UN POÈME EN SOUFFRANCE

Drôle d’objet verbal

Sorti d’un trou noir

Un hybride croisant

Spleen et idéal

Lumière et obscurité

Unissant avec l’oxymore

Le pointu et l’émoussé

L’esprit et la sottise

Il court il court le verset

Sur les terres brûlées

D’un poème en souffrance

Déployé sur la page

D’un livre ancien

Découpé au couteau

FAIRE UN POÈME

Au travail je me dis

Faire un poème

N’est pas donné

Même si le lecteur

Peut en douter

Il faut parfois des semaines

Pour le sortir de la noirceur

De l’époque

Ou bien comme à l’instant

Foncer faire flèche de tout bois

Se mouvoir se déplacer

Produire (comme nous disions antan)

une poésie lavée de ses vieux pêchés :

la prétention l’obscurité le dolorisme

le narcissisme la nostalgie d’un monde perdu

à jamais

Voilà suffit

Cette ouverture

Comme un chant de fouilles

Offert au lecteur invité à mettre la main à la pâte

Lui aussi

Pour continuer

LA MÉLANCOLIE DES SOLEILS COUCHANTS

Soleil se couchant sur la Camargue vu des falaises de Port de Bouc 30 novembre 2024 17h03

JJ Dorio

La beauté n'est pas dans les couleurs mais dans leur harmonie

Soleil couchant sur la chaîne des Pyrénées vue d’Ozon Hautes Pyrénées 1° décembre 2024

Photographie de Danielle Nabonne
Qui a écrit à la suite ce fort et beau poème
Ce même soleil
Ce même souffle
Nous enveloppe
Nous baigne
D'une même étreinte
Et nous réunit
Au-delà de l'espace
Infini de nos mélancolies

Nous lançons nos mots
Et nos signes
Chasseurs de rêves
Ils nous reviennent
Parfois alourdis
De cadeaux inattendus


Ils se perdent aussi
Dans les nuits du silence
Nous reprenons la tâche
Paysans de la langue
Réapprendre la ténacité

Et la patience des graines

Une même terre
Sous un même ciel

Danielle Nabonne

Une aube affaiblie verse par les champs la mélancolie des soleils couchants

Paul Verlaine

C’était le 15 janvier de l’an 2011
chemin de la Forêt dans le Charollais
un voile rouge et or enveloppait le ciel
un groupe d’étourneaux tenaient conciliabule

Maria-Dolores Cano

Oui la mélancolie des soleils couchants…Enfant ces ciels rouges m’effrayaient, j’avais un sentiment de fin du monde…M-D Cano