JE RÊVE

Je rêve que tu rêves d’un monde sans douleurs mais riche de couleurs et d’exercices de style

Je rêve qu’un journal a annoncé tes fiançailles avec le roi de Prusse

Dans mon rêve je te vois protester proclamant que le roi de Prusse n’est pas ton cousin

Je rêve que je te donne la main sous la neige qui tombe inexorablement pendant que tu récites les vers de Victor Hugo sur la retraite de Russie

Je rêve que je te vois les bras en l’air comme une paire d’ailes et que tu prends le métro pour Bonne Nouvelle

*

« Le rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir les portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible. » Gérard de Nerval

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L’ÉTOFFE DONT ON FAIT LES RÊVES

Are such stuff As dreams are made on
À tous ceux qui sont de l’étoffe dont on fait les rêves
À toutes celles
Qui font de la poésie la « matière ardente » de leurs Mille et Une nuits
À tous À toutes
Qui écrivent dans le noir des histoires lumineuses
Qui nous tiennent en suspens
À tous ceux
Qui sont de l’étoffe d’un livre dans lequel on entre par un coup de dés
À tous ceux À toutes celles
Qui « en temps de débâcle »
Sont de l’étoffe
Qui permet le rêve en commun
de vies dignes d’être vécues

JE VIS DE MILLE VIES

Je vis de mille vies

Je meurs de mille morts

J’ai lu ça quelque part

Mais je ne sais plus où

Je vis je meurs

Je ris je larmoie

Je  recopie Louise Labé

dite La Belle Cordière

Ses vers qui à la fois

affirment et qui nient

Je vis de mille morts

Je meurs de mille vies

En tissant des chansons

À mes chers disparus

À ma chère en allée

Dans sa nuit définitive

(ça je sais hélas où je l’ai lu

et quand je l’ai écrit)

https://www.editions-harmattan.fr/livre-poemes_a_ma_morte_jean_jacques_dorio-9782343129969-58621.html

ALEXANDRINS BÉBÊTES

Le temps de calculer voilà l’alexandrin
Pas très malin j’avoue c’est le temps des copains
Comme chantaient naguère les yéyés de Françoise
En tricotant des vers plutôt nuls mais qui croisent
Le temps de l’amour bébête de nos quinze ans

paroles Maurice Vidalin musique Gilbert Bécaud enregistrement 1960

SOMMEIL LÉGER

Sommeil léger avec des rêves 
qui descendent l’escalier
des soucis du jour précédent

Je suis entouré d’abeilles
qui me font passer la frontière
du côté de Menton

J’entends la vieille leçon
sur l‘empereur à la barbe fleurie

Et puis je me rendors on dirait
sur l’image d’une belle dame
qui rentre ses moissons

HYPOTHÈSES

e
De l’œuf à la tombe
Qui des deux instances
prend le pas sur nos activités :
celle de notre ange gardien
ou celle de la personne qui apparaît sur nos photographies ?
Ou bien autre hypothèse
On naît comme on naît
Puis on cogite 
Et l'on décide d'être
le citoyen d’un monde
qui cherche contre vents et marées
et le déchaînement des violences
à vivre en paix
avec soi-même
envers Nature
et avec les autres
(vaste programme dit le petit sceptique)

Monde inventé : cette hypothèse où l’art serait réel  Marcel Proust

Pour résister à l’abîme des nouvelles diffusées à flot tendu par les médias du monde entier tout est prétexte pour son monde inventer :

Icare passe dans le ciel bleu entouré de la couronne mouvante des martinets

Les tuffeaux blancs extraits du domaine de La Devinière servent de terrain de jeu à la plus grande course d’escargots du siècle place de la Concorde

L’acrobate Miró monte interminablement l’échelle des Constellations avec son petit carnet à crobar

La quatrième image est pour vous

Lectrices lecteurs

Vous devez l’inventer entièrement

Dans la beauté des hésitations

Et le partage de nos instants précieux