PASSAGE DU MAT

 
PASSAGE DU MAT

Le Mat :
le ravi le fou el loco il matto
balade ses têtes d’hermines et de quolibets
dans sa besace de chair
sans os

Le meurtri le fêlé le bel idiot
– Ouf ! le basilic est passé tout près
sans le voir !-

Momie d’ibis portant l’oursin rose de confusion
Heureux signes de l’insolence analogique
Est-ce cet homme qui relève les casiers pirates ornés de brumes et de phalènes ?
Est-ce cette femme entre toutes balbutiant les chiffres dorés de la mourre ?
Est-ce ce nouveau-né qui fait des pieds de nez
à la Rime ?


Mat acrobate et Mat abandonné à la giration des voies lactées
Et dans sa poche l’oiseau Quetzal sort d’un paquet de gauloises bleues

On le croit mat
C’est le silence
Puis reviennent
Danses et grelots
Une crécelle

Et un cerceau :
Passez muscade !
Passez les Sots !
*

Le Mat est la seule carte du tarot de Marseille qui ne porte pas de chiffre ce qui lui permet de passer par tous les autres arcanes et d'en sortir augmenté.

J’ÉCRIS DANS UN TEMPS INTERROMPU

J’ÉCRIS DANS UN TEMPS INTERROMPU (ni ininterrompu, ni perdu, ni retrouvé) J’écris dans un temps qui jouit de la douceur de la bonne santé J’écris dans l’impensé des nuits des corps rongés par l’infâme crabe J’écris dans le mouvement qui me fait passer au travers de périodes séparées de ma petite histoire J’écris de Jadis succédant au Maintenant J’écris sur les chemins des mythes qui reculent vers le futur J’écris à contre-temps des chroniques anachroniques J’écris en écoutant les Ombres errantes de François Couperin J’écris pièce par pièce ce qui ne peut-être rapiécé

ÉLOGE DES INSOMNIES

ÉLOGE DES INSOMNIES

Je peuple mes insomnies de lectures et d’écritures éclairées par les nuits qui nous transfigurent. Il est vrai que ces séances de nuit que j’ai toujours pratiquées, ont été libérées dès que j’ai pu jouir de ma « retraite », sans me préoccuper de l’heure à laquelle « j’émergerais » de mon sommeil le lendemain.

Ainsi en cet instant, au milieu de la nuit, je lis lentement, très lentement, le chapitre « Rêver de dormir » d’une philosophe enseignant à la Sorbonne. Elle me donne une citation de Jean Jacques Rousseau dont je vais faire florès : C’est la nuit dans mon lit et durant mes insomnies que j’écris dans mon cerveau.

C’est la nuit dans mon lit que ma plume écrit au ralenti.

C’est la nuit dans mon lit que je prends tout mon temps pour lire et surtout relire mes livres culte.

C’est la nuit dans mon lit que je nage à contre-courant d’une société obsédée par la performance et le désir puéril de se montrer toujours d’attaque.

C’est la nuit dans mon lit que je recopie des phrases énigmatiques qui, je ne sais pourquoi, me font signe : L’ennui est l’oiseau de rêve qui couve l’œil de l’expérience.

C’est la nuit dans mon lit que mes yeux peu à peu se ferment et que je clos ainsi ces instants précieux par cette phrase rituelle : À demain les affaires.

AU BOIS DORMANT DE NOS NUITS BLANCHES

Un mot de sang en gorge
Qui sent ce monde qui souffre
Et souffle et n’en peut mais

Un mot de neige imaginaire
Sur cette page pour traverser
Le bois dormant de nos nuits blanches

Un mot d’aurore sur nos paroles
Sur cette ardoise de nos enfances
D’un art ouvert à la ferveur des amoureux