SILENCE L’ARBRE DE LA DÉMOCRATIE REMUE ENCORE

Se taire
Mais de quel côté
Faire silence
Côté jardin
ou côté cour ?

Silence l’arbre
remue encore
Fantastique titre
et pièce
que je vis
à sa création
au festival d’Avignon 1967
Silence
au Cloître des Carmes
signé
François Billetdoux
(ça ne s’invente pas)

La nostalgie camarade
Aujourd’hui premier juin
54 ans après
le 1e juin de 68
Quand Le Monde publiait
ce jour-là
un poème anonyme
issu des murs
et des barricades
Casqués engourdinés
Le poème s ‘en prenait
aux CRS
sans jamais les nommer

Premier juin 2024
putain déjà
Je vois des Français
Cons comme des ballets
Qui s’apprêtent à voter
de plus en plus veaux
Pour le Bardella Bardabrac
Qui vient de passer
5 ans au chaud
député de l’Europe
sans en foutre une rame

Silence ma rage
Remue encore
Devant ces électeurs
asservis par une idéologie
Qui n’est que dans un passé
Rance et porteur
De malheur
De grands malheurs

DANS LE DÉSORDRE LE DISCONTINU

Dans le désordre, le discontinu :
le souvenir du monde shakespearien des sorcières,
la Tour Eiffel calligramme d’Apollinaire,
Salut monde dont je suis la langue éloquente,
les sirènes de New York dans Ionisation,
l’oeuvre pour percussions d’Edgar Varese,
gongs,bongos,claves,tambour militaire,caisse claire,
cymbalum mundi,
L’art de dictiez et de fere chansons,balades,virelais
et rondeaux,
d’Eustache Deschamps, auteur du premier art poétique écrit en français au siècle XIV,
les yeux de fougères de Nadja
qui pour sa première nuit à Paris
a choisi le Sphinx Hôtel,
et ces mots qui ont agi par implosions
et ricochets,
dans la beauté archaïque
d’un collage surréaliste.

LES RUES D’PARIS

À Paris il y a de drôles de rues
Il y a la rue Gramme
au 17 vécut Benjamin Peret
l’astre noir du Surréalisme
Il y a la rue de Javel
désinfectant notoire
mais pour Jean Echenoz
une succession de blocs hétéroclites
en matériaux désassortis
sans état d’âme
Il y a la rue Rosa Bonheur
femme peintre aux titres éloquents :
Labourage nivernais
Le marché aux chevaux
La foulaison du blé en Camargue
Il y a la rue Crevaux
où vécut Leblanc Maurice
le créateur d’Arsène Lupin
Guillaume Apollinaire résida rue Gros
en buvant cet alcool
brûlant comme sa vie
Il y a la rue des Arènes
propice aux vues de Michel Leiris
qui fit de la Littérature
un pendant de la tauromachie
Il y a la rue Madame
de l'homme révolté
Il y a la rue Racine
Cioran affirme qu'il y jeta
dans une bouche d'égout
Un de ses tapuscrits
Et la rue Sans Souci
Ou je prose ces vers
Au ralenti

POUR VINGT LECTEURS

Est-ce que pour vingt lecteurs (lectrices comprises) j’écris en vain?
J’écris quand le temps semble s’arrêter pour voir ce qu’il en est ce qu’il peut en sortir :
la vérité au fond du puits du jardin familial quand j’étais enfant
le hasard aboli par un coup de dés magistral
les tourments d’un copiste qui refuse obstinément de faire une page supplémentaire
le silence catégorie d’une langue s’opposant au bruit du temps
la lecture de quelques passages de la bible d’un auteur hébraïsant le français
l’univers des quantas qui s’organise en se désintégrant
En bref tout ce qui dans mon inconscient a précédé cet écrit de fortune
J’aimerais bien que mes vingt lectrices (lecteurs compris) poursuivent cette liste mais je sais d’expérience que c’est trop leur demander
Qu’à cela ne tienne la plume en l’absence ça me connaît