LA POLITESSE DU DÉSESPOIR

"La politesse du désespoir" 
Mais qu’est ce que ça peut bien être ?
Supposons que c’est une citation de L’Écume des jours
Nous avons trouvé au moins son auteur :

V comme Vian
Et maintenant "la politesse du désespoir"
ça définit quoi ?
On hésite entre Amour et Humour
Mais l’on se souvient que Boris a écrit
« un humoriste n’a pas le droit d’être gai »
Un amoureux oui
Il gazouille comme un pinson
Pardon pour le décousu de cette démonstration

ON N'A PAS OUBLIÉ LE DÉSESPOIR

On n’a pas oublié le désespoir
Il joue des baguettes de cristal
Sur la peau ruinée d’un baiser
Jadis il immolait la jeune fille
philosophique sur la brume
dentelée des feuilles d’un érable

On n’a pas oublié les yeux pour boire
L’horloge penchée sur le minuit
L’arrêt du cœur en catastrophe
Sur une aile d’un papillon de soie
Et l’anodine goutte de rêve
Issue de l’enfant des glaciers


JJ DORIO
Anthologie des poètes du Sud-Ouest
par Henri Heurtebise de la revue Multiples
1995


J’AIME / JE N’AIME PAS

J’aime la vie

Je n’aime pas la mort

J’aime l’eau de vie

Je n’aime pas l’eau bénite

J’aime vivre d’amour et d’eau de Volvic

Je n’aime pas vivre de haine et de whisky(c)

J’aime les Sociétaires de la Comédie

Je n’aime pas les Immortels de l’Académie

J’aime la nuit

Je n’aime pas l’ennui

J’aime Jean Tardieu et sa Môme Néant

Je n’aime pas ce putain de Dieu Géant

J’aime  le désir de persévérer de Spinoza

Je n’aime pas les œufs mimosa

J’aime l’eau en général

Je n’aime pas l’eau ferrugineuse de Bourvil

J’aime Mai Mai Paris Mai

Je n’aime pas  Avril ne te découvre pas d’un fil

J’aime Juin ardente lyre

Je n’aime pas Juillet à Saint Tropez

J’aime la Liberté

Je n’aime pas la Servitude Volontaire

J’aime laisser l’initiative aux mots

Je n’aime pas pleurer sur mes maux

J’aime les Exercices de Style et Zazie dans le métro

Je n’aime pas la cochonnerie d’écriture de Céline and co

J’aime le silence

Je n’aime pas le bruit

J’aime les cœurs purs de Jean Roger Caussimon

Je n’aime pas les cœurs pavés de mauvaises intentions

J’aime les cœurs qui battent la chamade

Je n’aime pas les cœurs qui battent le tambour

J’aime les chansons de Bécaud et de Louis Amade

Je n’aime pas Je t’aime…moi non plus de Gainsbourg

J’aime la hache qui brise la mer gelée des lecteurs confits

Je n’aime pas les listes qui les laissent cois

J’aime

Je n’aime pas

liste du premier mai 2024

EL ENCUENTRO : LA RENCONTRE

JE SUIS VENU AUX MARTIGUES rejoindre une femme, qui devait devenir mon épouse, qui y exerçait le beau métier d’institutrice, un mot stupidement remplacé par « professeur/professeure des écoles ».

Nous nous rencontrâmes par le plus extraordinaires des hasards au cours d’un voyage à Cuba organisé par l’École et la Nation, la revue du parti communiste français traitant des affaires de l’enseignement.

« Tu fumais un havane par jour, me dit celle que je surnommais alors Chinita ou Cara linda avec qui j’évoque ces moments précieux, exalté, parlant sans cesse, devenant dès le deuxième jour le traducteur du groupe (j’avais passé en effet 2 ans au Venezuela un parler proche du cubain, et le traducteur pressenti s’était effacé sportivement), tu étais mon petit barbudo toi aussi, avec, entre parenthèse, un maillot au blanc douteux. »

Et à quel moment pour nous deux ça s’était décidé ? Une nuit de demi-lune sur une petite crique de Jibacoa, à 70 km à l’est de La Havane.

Ah vastedad de pinos, rumor de olas quebrándose/ lento juego de luces, campana solitaria/ crepúsculo cayendo en tus ojos, muñeca/ caracola terrestre, en ti la tierra canta !

Pablo Neruda (20 poemas de amor y una canción desesperada)

Ah les grands bois de pins, la rumeur des vagues se brisant/ le jeu lent des lumières, la cloche qui sonne sans raison/ et le crépuscule qui tombe en tes yeux simulant ceux des poupées/  terrestre rotation en toi chantait la terre !

(ma libre traduction)

ce texte fait suite à celui d’hier : Le quotidien et le disparate

LE QUOTIDIEN ET LE DISPARATE

Le quotidien et le reste : ce qui semble échapper aux mots de la tribu, le disparate, la disparité (vieux ou littéraire), mais que l’on tente par essais successifs de saisir malgré tout. (C’était à cette époque avec un porte-plume muni d’une sergent major écrivant sur un bloc de feuilles A4 posé sur une table blanche en Formica -for(à la place de) mica (matériau stratifié revêtu de résine artificielle).

Nous étions le vendredi suivant le jeudi de l’Ascension 1983, France Musique diffusait d’une oreille l’autre, une émission consacrée aux troubadours, en particulier Bernard de Ventadour (Bernard de Ventadorn en occitan, la langue maternelle de mon père, soit dit en passant).

Tiens me voilà me désignant. Et pour continuer j’écrivais tout de go que je vivais et travaillais à un collège d’enseignement public (le Pagnol), dans une ville de Provence donnant sur l’étang de Berre, traversée de chenaux (pluriel de chenal), qui la faisaient pour le pittoresque nommer La Venise provençale.
Le haut étang fume continuellement / Quelle sorcière va se dresser sur le couchant blanc, Quelles violettes frondaisons vont descendre…de ces Phrases des Illuminations écrites par un garnement de 17 ans que son aîné qui les recueillit et les dévoila dans la rubrique Poètes maudits, baptisa « l’homme aux semelles de vent »

à suivre

ÉCRIRE LA NUIT

ÉCRIRE LA NUIT

Au fil du temps et de la plume, écrire la nuit, « ni peu ni prou », me fait songer à cette affirmation de Proust :

le sommeil est comme un second appartement que nous aurions et où, délaissant le nôtre, nous serions allés dormir. 

Je n’ai pas pour ma part de second appartement, mais plutôt une seconde vie quand la nuit, entre deux sommes,

j’écris.