QUEL PLAISIR QUE DE S’ADONNER À L’ART MUSÉAL

QUEL PLAISIR QUE DE S’ADONNER À L’ART MUSÉAL nous voilà devant les tableaux flamands et hollandais du musée Fabre de Montpellier chacun chacune choisit de montrer un détail dans les scènes de genre sans fin qui s’offrent à notre déambulation : l’opération au pied, la tabagie, la kermesse de Saint Georges, la souricière, un mendiant tendant son chapeau, l’enfileuse de perles, la marchande de harengs, le jeune homme écrivant, comme les vieux chantent les enfants piaillent, intérieur de cabaret…l’une plus connaisseuse que l’autre égrène les noms des artistes qui pour les profanes sont inconnus : les Teniers (le Vieux puis le jeune), Willem Kalf, Gérard Dou ou Gerrit Dou ou Dow, Gerard ter Borch, Frans van Mieris l’Ancien, Gabriel Metsu, Jan Steen, Adriaen van Ostade…multiplier les objets de la vie quotidienne, rendre son mouvement à l’instant unique présent…les personnages et les paysages sont entourés de cadres de bois dorés…un ouvrage récent 1 en donne la raison « le cadre isole, il identifie, il présente l’œuvre comme œuvre : c’est sa fonction artistique ; il a aussi une fonction ontologique, il signifie que l’œuvre est achevée et que le peintre n’entend plus y toucher. Mais il a également une fonction esthétique, il fonctionne comme une aide à la bonne perception. » C’est ce que fait entendre Nicolas Poussin dans sa lettre à un ami à propos de son tableau La Manne : Je vous supplie si vous le trouvez bon de l’orner d’un peu de corniche (le cadre) car il en a besoin, afin que, en le considérant en toutes ses parties, les rayons de l’œil soient retenus et non point épars au-dehors, en recevant les espèces des autres objets voisins qui, venant pêle-mêle avec les choses dépeintes, confondent le jour. Il serait fort à propos que ladite corniche fût dorée d’or mat tout simplement, car il s’unit très doucement avec les couleurs sans les offenser. Dans ce siècle d’art kitsch et d’esbrouffe pour millionnaires qui font des productions artistiques autant d’objets de spéculation comme tout cela paraît déplacé.

1 Les matériaux de l’art Bernard Sève (Seuil)

une toute petite idée de La Manne Nicolas Poussin

IL NE FAUT PAS CROIRE QUE CETTE ÉCRITURE HEUREUSE

IL NE FAUT PAS CROIRE QUE CETTE ÉCRITURE HEUREUSE coule à flots à jets continus Non la main est arrêtée parfois très longtemps par des pensées embrouillées qui réclament non que l’on s’y arrête comme font les personnes qui s’obstinent à trouver une solution à leur malêtre mais qu’au contraire on décide d’ignorer on sort alors son art-parapluie comme le dit crûment un personnage de Mario Vargas Llosa la vida es una tormenta de mierda, en el que el arte es nuestro único paraguas fauti traduire ?

LE BONHEUR DES PETITS POISSONS

LUNDI PREMIER AVRIL 3H25 quels sont les enjeux du texte ? une réflexion sur la connaissance cachant des enjeux politiques ? il ne manque plus que ça disait ma mère pour signifier que la coupe était pleine mais elle exagérait ma pauvre mère elle qui n’avait à vrai dire aucun sens politique ainsi n’aurait-elle rien compris à ce dialogue de deux chinois le premier surplombant la rivière Hao s’exclame : comme les poissons ici doivent être heureux ! le second ergote et dénie cette complicité avec les poissons manifestée par son compagnon d’un jour qui emporte ainsi la partie : quand vous m’avez demandé d’où tenez-vous que les poissons sont heureux ? la forme même de votre question impliquait que vous saviez que je le sais mais maintenant si vous vous voulez savoir d’où je le sais eh bien je le sais du haut du pont PREMIER AVRIL 3H45 je boucle ainsi ce savoureux dialogue lu dans le Tchouang Tseu récemment rebaptisé Zhuãngzî

nb on peut lire sous le même titre une chronique de Simon Leys publiée dans le Magazine littéraire dans les années 2005-2006

le bonheur des hypnographies 3 petits poissons du 1° avril 2024

SANS BUT À ATTEINDRE

SANS BUT À ATTEINDRE comment l’effectivité d’une écriture peut-elle être une activité exemplaire qui chemin faisant valorise ce dynamisme par lequel toute chose est engendrée et se transforme ? l’ennui avec ce genre de question c’est que tantôt nous répondons à côté tantôt nous restons muets comme ces pratiquants du Dào qui par touches successives dessinent les attitudes concrètes de personnages divers dans leurs tâches quotidiennes, bouchers, charrons, peintres, voire poètes, mais en aucune manière donnent des préceptes n’édictent des paroles d’évangiles…

sans but à atteindre dorio 2 avril 2024

ELLE T’HABILLE DE FEUILLES

Jacqueline Saint-Jean Hôpital des poupées Editions Alcyone 2019

photographie Francis Saint-Jean sur les lieux « l’Hospital de Bonecas » situé à Lisbonne

*

Une lumière de jonquilles
réveille la page
de sa lente léthargie

La main fragile attend
le primesaut le passage
du printemps dans les syllabes

La source revivra
dans la fleur de l’heure


Jacqueline Saint-Jean
Sauver l'hiver Encres Vives