CARAVAN D’ELLINGTON LES CHIENS QUI ABOIENT et le reste

Je me souviens de Caravan d’Ellington

et des chiens aboient la caravane passe

Je me souviens d’une fête de l’Huma

où Aragon mangea son chapeau

parce qu’il avait autorisé ce diable de Picasso

à exécuter le portrait du star Staline

le dieu vivant des Cocos

qui venait de casser sa pipe

Je me souviens des marionnettes
avec de la ficelle et du papier
Je me souviens de l'an 40
Je me souviens du déluge
Je me souviens des courses en luge
dans la vallée de Luz Ardiden
Je me souviens des vocalises
et de la valise ou du cercueil
Je me souviens des aèdes
et des funambules
Je me souviens des barricades mystérieuses
en si bémol majeur
Je me souviens de l'ordre
des Frères Mineurs

SONNET SUR LA GUERRE EN UKRAINE

GUERRE

Les vers que l’on écrit en songeant aux batailles
Anna de Noailles

Pratique désuète Politesse des Dieux
Ceux qui dictaient les vers aux poèt’inspirés
Je poursuis la coutume, mi-farceur, mi-sérieux,
Faisant jouer les sens sur la guerre empirée.

Que pensent ces soldats, la horde destructrice,
Qui lâchement massacre les cités de l’Ukraine ?
Et pourquoi montre-t-on l’image séductrice
D’un poutine toqué, détraqué, schizophrène ?

Le pire est à venir, entend-on écœurés,
Des enfants vont mourir sous la terreur des bombes
-Monsieur il était bon et doux comme un Jésus 1

Je recopie Hugo, mes sanglots étouffés
Par la rage de ne pouvoir étrangler
Ce petit tsar de merde ordonnant le carnage.

1 Victor Hugo Les châtiments

voix Dorio dimanche 3 septembre 2023

JE SUIS MANGÉ PAR L’ÉCRITURE

Je suis mangé par l’écriture qui me ravage et me ravit
Qui couche sur ma page des personnages qui nagent
Ou qui s’envolent comme des oiseaux

Je suis l’envol des étourneaux qui hésitent
Mais qui finalement se posent
Sur mes lignes à haute tension

Je suis en deuil d’une femme
Qui emportait dans son sac rond 
en paille ou en rafia
le dernier « rompol » de Fred Vargas
(suivant avec délices les enquêtes d’Adamsberg)
ou de Dona Léon
(nous faisant partager la vie du commissaire vénitien Brunetti)

Je suis ce précipité de filiation
Tourné vers le passé
(comme ce chemin des mythes amérindiens
« qui reculent vers le futur »)
Ou glissant de signifiants en signifiés
Vers l’écriture de bienheureuses parenthèses

(une écluse s’ouvre nous changeons de niveau avec nous-même)

griffures blanches dorio 02/08/2023

sur la reproduction de « peinture abstraite »

Ad Reinhardt 1963 152,4×152,4 cm exposé au Moma

COMME UN RÊVE D’ARBRES

aquarelle 23×30,5 cm Danielle Nabonne 15/10/2022

COMME UN RÊVE D’ARBRES

Chacune à sa manière
Déployant ses rêveries
Chacun comme un caractère
De mes hypnographies

Comme un rêve se coulant
Dans les courbes collinaires
D’un paysage avec figures
En absence

Et cependant quelque chose
Ou quelqu’un nous appelle
Qui insiste et nous met en présence
D’une énigme à déchiffrer :

Qui va là ?

hypnographies Dorio 28/08/2023