FLAMBÉE BAROQUE

FLAMBÉE BAROQUE

Baroque sérieux et parodique
J’ajoute ici ma part modique
Celle d’un pauvre extravagant
Foufou toctoc éternel errant


Dans son petit canton imparfait
Chaque matin il retire les cendres
(de la précédente journée)
Dresse une brassée de petit bois mort
Et met à jour ses flammes poémiques


Un peu de miel issue de cendres
Un amour follet traduit à mort (d’amor)
Et pensées plus légères que violons ailés



Le monde s’écrabouille, se trucide, se déchire et toi tu continues, ignoré de Balzac et des lecteurs futiles, à produire tes vers de mirliton, faisant tourner à qui mieux mieux ta toton, toupie d’un rituel d’oubli des sinistres réalités. Oui, mais, aussi, cependant, travailler la métaphore vive, ne pas admettre sa perte, persister dans ce chant baroque des piétinements, basse continue et oxymorons, au grand dam des écrabouilleurs en tout genre, des trucideurs, des faiseurs de guerres infâmes,
Coeur d’amour épris, écrit Matisse fatigué, finissant, en découpant ses papiers de couleur, oiseaux du jazz, signes en verve, manière pour quelques secondes précieuses de remédier aux maux du monde.


EN PLEINE NUIT MIDI

EN PLEINE NUIT MIDI

J’écris d’un coup de tête

Sorti du ventre de ma mère

En pleine nuit

Je dis oc

Ma langue d’origine

J’écris dans le sillage de Peire Vidal

Le nom porté par ma branche maternelle

Je forge ce poème maladroit

Mais vivant et têtu

Dans ce verbe trobar

Qui célébrait les Dames

et l’amour de Courtoisie

En pleine nuit midi

Ses douze coups

Qui vibrent dans la tête

D’un troubadour perdu

.

Pas de trône – ce pose-cul des rimeurs d’antan – pas de chaises à porteur
– pour les prélats les soldats et le roi des cons – mais la chaise de Vincent
et la fleur inverse du troubadour Raimbaut pas de bois mort dont on fait les croix et les cercueils et pas de lettres mortes dont on fait les bibles et les abolis bibelots mais la sève des ronciers le bleu des chardons et le rire non-rire de Buster Keaton pas de chant sacré sans la clef donnée à qui veut bien chercher
à la saisir pour en jouer et déjouer le trobar clus des troubadours d’hier et de maintenant maintenant la ferveur subversive du chant

JE M’APERÇOIS QUE J’AI PERDU MA CARTE D’IDENTITÉ

JE M’APERÇOIS QUE J’AI PERDU MA CARTE D’IDENTITÉ

Je m’aperçois que j’ai perdu mes pas dans les Belles Contrées des Lettres imprimées

Je m’aperçois que j’ai perdu ma tête dans le détachement de soi

Je m’aperçois –à bien y réfléchir- que l’envers vaut bien l’endroit que l’absurde peut faire rire –le masque de Carnaval- ou pleurer –le masque du Quotidien-

Je m’aperçois que peut-être je vais rater cette suite d’aperçus

Je m’aperçois que le tango est à Carlos Gardel ce que l’éthique est à Baruch Spinoza –longtemps longtemps après que le chanteur et le philosophe aient disparu ils continuent à s’améliorer à mieux proférer la letra à mieux établir le partage des eaux de tristesse et de joie

Je m’aperçois que je tire à hue et à dia –un des mots fleuris que prononcent les Tarbais et les Tarbaises- moi qui serai plutôt pour

Je m’aperçois que je passe souvent entre Charybde et Scylla entre la fiancée de l’aube et la professeur de Lettres – de quelles foutues lettres peut-il donc être question ?

Je m’aperçois que je n’ai été ni excommunié comme hérétique ni exilé ni le manteau traversé par le couteau fanatique

Je m’aperçois que –tal vez– à mon âge je n’aurai plus rien à prouver et que je m’endormirai dans les bras de la gloire si je m’étais appelé d’un nom qui s’affiche dans les bonnes librairies –qu’affiche-t-on donc dans les mauvaises ?

Je m’aperçois que mon radeau prend délicieusement l’eau

Je m’aperçois enfin –et peut-être un peu tard- que je me désintéresse de mon identité de ma tête et du petit lombric*  qui se débat et se tord croyant jusqu’au bout et en conscience éviter le coup de bêche fatal

* la lecture de Norge sur ce sympathique annélide est obligatoire

Et aussi :

Un monde sans poésie est un monde qui démissionne. Le monde meurt
d’impoésie. Ici s’affirme le refus d’être emporté comme une épave sur les houles
des âges, une fidélité aux bêtes et aux gens, ici un héritage, une fortune qu’il
s’agit d’assumer et d’accroître. Et que l’insupportable
« creux-néant-musicien »
soit comblé par notre jouvence exultante.

Géo Norge

L’AUTRE DORIO

L’AUTRE DORIO

Ça vient parfois de l’Autre Dorio

Comme disait Borges

On glosera sur ce dernier des siècles durant

L’autre restera un inconnu de son vivant

Comme ce poète anonyme que consigna Jorge Luis

Et dont toute l’œuvre – prétendait-il – se réduisait à deux vers :

Il avait ouï une nuit

Le chant d’un rossignol

Un rossignol nommé Borges

.

(en vis-à-vis)

DORIO

Chanson enregistrée au studio du Petit Mas à Martigues

le mois d’août 2025

La folle de Chaillot  je ne sais plus qui c’est

Chaillot Chaillot Chaillot

Fabliaux sur les parvis   poèmes in-folio

Mon dictionnaire de rimes  ne connait pas Dorio

Le roi de la Pampa   ça je connais bien mieux

Queneau Queneau Queneau

Fabliaux sur les parvis   poèmes in-folio

Mon dictionnaire de rimes   ne connait pas Dorio

Qu’importe mon nom d’or ou de cuivre

Mon nom est dans la mer une goutte d’eau

Fabliaux sur les parvis   poèmes in-folio

Mon dictionnaire de rimes   ne connait pas Dorio

DORIO

COUDRE ET RECOUDRE CE MONDE QUI SE DÉFAIT À VITESSE GRAND V

Le monde a plusieurs couches

En chacune vivent plusieurs esprits

Coudre le monde c’est les visiter

Paroles de femmes Kuna

tissant leurs molas

sur les îles San Blas du Panama

.

premier poème

QUI TU ES ? tu t’en moques, feuillets d’hiver noués,

Par temps de soliloque, qui tu es, tu le tais.

Qui tu es, à Chambord, dans le double escalier,

Dans la chambre du roi, orné de salamandres.

Qui tu es au Moudang, dans les Hautes Pyrénées,

Dans les granges des oueillos, les brebis couleur cendre.

Qui tu es au collège, professeur météore,

Préparant tes ouailles, aux rimes équivoquées.

Qui tu es à Paname, paysage du Tendre,

Âme t’en souvient-il, sur le quai Malaquais.

Qui tu es en Espagne, Cuevas de Almanzor,

Où naquit la maman, qui enfanta ta Reine.

Qui es-tu dans la case des frères amérindiens,

Des mythes qui s’emmêlent avec la Neste d’Aure.

Qui es-tu, qui tu es, tu t’en moques à présent,

L’aurore des paroles devient soleil couchant.

.

et en vis-à-vis

Je dis j’écris je lis ce que n’est pas l’identité ce que n’est pas son imaginaire unité

Je dis à ma carte d’identité que j’aimerais voir inscrit à la ligne particularité : cherche inlassablement l’or du temps J’écris à mes amis Michel disparus comme on parle au papier pour Montaigne l’écrivain des Essaiet comme on parle aux sculptures thérapeutiques muchu taillées dans du balsa la tête en bas dans la partie du morceau de bois la plus proche des racines pour Perrin mon ami ethnologue Je lis ailleurs que bien que nous prétendions faire preuve d’originalité nous sommes une création de la pensée des autres Je dis j’écris face à ce qui se dérobe je maintiens cette voix étrange des poésies pour celle qui depuis le 25 mai 2014 a perdu la voie Je lui chante mezzo voce la chanson éternelle des feuilles mortes tu vois je ne t’ai pas oubliée