DANSON LA GIGUE DES HAÏKUS

20 La vie orpailleuse Empoisonne la rivière Des Yanomamis

21 Dansons la gigue Disait dans Streets Paul Verlaine C’était à Soho

22 Je m’éveille las Fatigué de ruminer En perte d’amour

23 Bruit fait bruissement Le vent court sur le peuplier Le saule pleureur

24 Marcher sur la grève Porter un livre de sable Un grain de folie

25 Entre mots et maux Un dictionnaire à part moi Mes pas de côté

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

SOIXANTE DIX HUIT ANS

SOIXANTE DIX HUIT ANS C’est la nuit que je vis pleinement les moments en suspens de mon âge : oui à soixante-dix-huit ans ce 24 mars 2023, on peut dire que « ça a passé » …mais pas définitivement je crois, en lisant comme tout de suite je viens de le faire Spinoza (ne pas rire, ne pas pleurer, ne pas ironiser, mais tâcher d’y voir clair), Proust (ces moments si pleinement vécus avec un livre préféré) et Marielle Macé (La littérature – la poésie surtout en ce qui me concerne- serait au moins cela : donner une forme, une saveur et un style à notre existence). En lisant, en écrivant, dans le repos et l’apaisement, dans la fournaise obscure d’une vie qui ne prétend rien de plus, rien de moins, qu’aller son allure poétique, à sauts et à gambades,  chien et chêne, aMUSEments… « ça a passé » une chanson au studio du Petit Mas aux Martigues en 2019

ça a passé comme une chanson de « trouvaïre » : le troubadour est celui qui « trouve » qui compose son chant désigné aujourd’hui sous le terme auteur-compositeur interprète

(arrangement et accompagnement de Philippe Bruguière)

J’ENCHAÎNE LES LECTURES

J’ENCHAÎNE LES LECTURES
Comme d’autres les perles
Comme les tesselles
Qui forment mosaïque

J’enchaîne les lectures
Sur papier ou iPad
Poète bon état
Craint sa déconfiture

J’enchaîne mots de terre
Et de fœhn, mistral, bise
Avec les cocotiers
D’une Malabaraise

J’enchaîne c’est balèze
Ou bien ça fait bazar
Rimes de tamarins
Pour combattre son splin

J’enchaîne et c’est fini
La minutie s’effondre
Le livre se déchire
L’iPad n’a plus d’batteries


LES PETITES PIERRES ET LA COMPLAINTE DE L’ÉTERNEL RETOUR

LES PIERRES LÉGÈRES ME PARLENT LES GROSSES RESTENT MUETTES  En retournant mes poches je retourne un peu de ma vie Quelques pierres vertes et jaunes dans un mouchoir de poche : celles de mes ancêtres passées à l’as et celles d’Ambre et de Jade, mes petites-filles qui viennent d’éclore ensemble En retournant mes poches je meurs et je renais Grains de pavés, graines de pavot et petits cailloux recueillis un à un sur la plage de sable de Fos sur Mer En retournant mes poches sept familles en sortent, trois amochées, disparues, pierres mortes et quatre pleines d’énergie et d’espoir Un mouchoir de batiste avec les initiales brodées par Mère-Grand jeune fille me retourne le cœur À l’intérieur sept petites pierres sont autant d’âmes vénérées comme dans la mythologie des Huichol amérindiens d’une contrée sauvage du Mexique -Regarde celle-là jaune et verte c’est ta grand-mère dit la mère Et la rouge et noire ton grand-père qui chantait les complaintes de l’Éternel Retour…

Les petites pierres et l’au-delà de la vie

in Visions huichol Un art amérindien du mexique

Michel Perrin (Somocy Editions d(‘Art 2014)

UN LIVRE SAVON

Ce livre entre les mains m’échappe absolument

Me glisse entre les doigts tel le savon de Ponge

Silence sur la page je ne vois plus les mots

C’est de la bouillie pour les chats et les chiots

Une sorte de lave qui ma cervelle ronge

Un coup porté à Teste de monsieur Valéry

Cultivant l’art des restes et des amphigouris

(le reste dans la marge est hélas illisible)