Laissant sans fin courir son imagination Parfois l’assaillait la vision d’un idiot (deux lipogrammes en e vous aviez remarqué) Un idiot momo à Nyouyork au Moma Un Dorio loriot pratiquant l’art brut-plaisir d’Artaud Tarahumaras hallucinations Jusqu’au tournis d’Achab poursuivant Moby Dick Qui soufflait sur l’horizon lapis-lazzuli Bijoux d’azur bols pour ablutions nuit sur nuit Laissant courir sans fin mon imagination Italiques extraites de La Disparition Georges Perec
POÈME NOUVELET
Une fois de plus je vais écrire poèmes Fatiguer les pages d’un carnet nouvelet Me remémorer les vers dits « d’anthologie » Et puiser chez mes frères et sœurs d’aujourd’hui Poèteris Poètereaux Poétisses par centaines Mais tous sans nom connu comme anonymes Oubliez s’il vous plaît cette entrée ridicule Oubliez vos animaux malades de la peste de la littérature consommée sur tablette Et que nul n’entre ici s’il ne met pas lui-même la main, à ses exercices d’exorcismes 1 1 Henri Michaux
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Dans un monde régi par la logique du marché, où l’individu doit être rentable ou périr, la poésie n’a pas de prix : innocente, dérangeante, pauvre et sans valeur marchande, elle est toujours l’humaine mesure, au carrefour des rêves et des réalités, un cami compartit,« un chemin partagé », qui relie maille après maille ses lecteurs dispersés, joie et douleur mêlées dans un simple poème, qui ne fait que passer…
RITUEL D’OUBLI
Retour aux poèmes que plus personne ne lit Exceptés les prisonniers et leurs geôliers Ceci dit sous forme de boutade chagrine D’un auteur du passé qui écrivit Art poétique et Green Retour aux livres de funestes augures Encore non écrits -une gageure- Ouverts par la main de l’ange de l’Apocalypse Et mangé-littéralement- par le narrateur De cette fable à mourir de rire Retour à cette douce habitude Du plus léger des cultes Cette nuit du 3 septembre 2022 Ma pauvre main a encore prosé Ces quelques vers…jusqu’à l’oubli
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QUE RESTE-T-IL DE NOS AMOURS DE LA POÉSIE ?
La « quête » de ce que l’on a perdu, ou bien la « crainte ». On hésite en lisant ce manuscrit aux vers raturés, supprimés ou réécrits. Le thème en est cette chanson écrite au mitan de la guerre et qui manifeste, pour filer la métaphore, une belle résistance : Que reste-t-il de nos amours ? C’est la quête de ce qui fut et de ce qui aurait pu être : Baisers volés, rêves mouvants. Baisers volés dans la paille d’un grenier qui excitait nos sens premiers. (Les cris aigus d’une fille chatouillée.)
Rêves mouvants que génèrent ces voix séculaires, « littéralement et dans tous les sens. »
Au mitan de la guerre, « dans le mitant du lit, la rivière est profonde » de nos chanceuses vies ou de nos morts subites. « (Ce) long abus de la littérature », faisant écho au dernier vers mémorable de Verlaine sur son « Art poétique ». Mais, ici, modestement mais fermement, c’est le vers premier que l’on veut rappeler : De la musique avant toute chose, car il faut craindre que la méconnaissance de tout art poétique, rende vaine la quête de ce qu’on a perdu, l’amour des formes et toutes les nuances de mots où l’indécis au précis se joint.
Avec Charles Trénet (Que reste-t-il de nos amours ? 1942) Paul Verlaine (Art poétique), cette « tant belle fille » Aux marches du palais, et quelques autres faiseurs de poésies.
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J’ouvre la fenêtre et laisse entrer quelques instants
la fraîcheur après un orage
sur la passe maritime
Un poème nouveau m’attend
dans sa discontinuité essentielle
et son essai de recomposition
L’éclair d’un geste
Qui ouvre sans le vouloir
La porte de ce poème
Comme un éventail
À CORPS PERDU
L’oubli est le plus court chemin dans le labyrinthe dressé par la mémoire La mémoire du temps perdu cherchée dans l’espace d’un texte romanesque où le narrateur se lance plume en main toutes les nuits sur chaque page à corps perdu À corps perdu est peut-être une métaphore : les esprits perspicaces y détectent des similitudes entre des choses qui en apparence sont très éloignées l’une de l’autre À corps perdu rien d’impossible : les rêves que j’écris en comptant les syllabes / le crissement du stylo feutre sur la feuille à fort grammage / les lièvres que la prose poétique lève / les paroles entendues dans la rue transformées en figures / et tous nos impensés qu’en d’autre temps nous appelions nos points aveugles
L’oubli, le court chemin, les longs détours romanesques, le labyrinthe, la mémoire à corps perdu, les exercices d’impensé, tout ce qui à la longue constitue un dictionnaire à part moi.
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