PLUS RIEN À PERDRE

PLUS RIEN À PERDRE

Plus rien à perdre
(perdre la face
figure frimousse)

Dans ce petit val
qui mousse de rayons
Où s’oublie

Ivre de soleil
L’alouette
 la lauzeta des troubadours :


s’oblida
e laissa cazer
per la douçor
qu’al cor li va

Plus rien à perdre
Sur le chemin 
Qui touche à sa fin

Mais que l’on continue
Comme jamais
À fatiguer


Coudre et recoudre
Faufiler
Quelque part dans l’inachevé


avec Rimbaud, Ventadour et Rilke





D’AUTRES ANAMNÈSES





DE PAGE EN PAGE Il écrit sur la mer calmée Bien malin qui retrouvera Ce vers que je recopie Il écrit à la pointe fine Une fine à l’eau ! Tu connais mon poteau ?  Il écrit sur un filtre à café Avec de l’encre bleue Et du vague à l’âme Ça c’est un cliché ! Il écrit comme dit l’autre ce texte à peine ébauché Son autre « je » Sur cette page Inachevée

ANAMNÈSES

ANAMNÈSES :
Ténuité des souvenirs (Roland Barthes)

Il se souvient
D’un clair de lune
à Maubeuge

Et d’el desdichado
Le Soleil noir
De Gérard de Nerval

Il se souvient
qu’il n’aimait pas
la soupe au choux

et que son père l’hiver
portait des esclops
des sabots de bois 


Et toi qui me lis
Dis-moi spontanément
De quoi te souviens-tu ?



SAINT-BLAISE N’A PAS DE LIMITES

SAINT-BLAISE N’A PAS DE LIMITES

Maints navigateurs en ont fait l’expérience qui y sont passés, ont disparu, mais nous ont laissé ces traces ténues que nous relevons et prolongeons sur l’épine dorsale d’un temps qui ne veut pas mourir.

Saint-Blaise n’a pas de dieux.

Si ce n’est ces dieux sans statues et sans rites qui logent désormais dans l’âme des mots quotidiens des visiteurs d’un jour.

De Saint-Blaise pourtant sans dieux et sans limites, nous célébrons encore ce presque-rien, le rêve d’une cité-fantasme qui a la forme de l’éternité.

Sur l’Oppidum sans nom Encres Vives  collection Lieu 225° 

SAINT-BLAISE HAT KEINE GRENZEN.

Viele Seefahrer haben dies erfahren, als sie hier vorbeikamen und wieder verschwanden, doch sie haben uns diese zarten Spuren hinterlassen, die wir nun aufdecken und weiterleben lassen, auf dem Rücken einer Zeit, die nicht sterben will.

Saint-Blaise hat keine Götter.

Außer diese Götter – ohne Statuen und ohne Riten – , die nun in der Seele der täglichen Worte der Tagesbesucher wohnen.

In Saint-Blaise, das doch keine Götter und keine Grenzen hat, feiern wir noch immer dieses Beinahe-Nichts, den Traum einer Phantasiestadt, die die Form der Ewigkeit hat.

Traduction de Carmen et de Martin Lauer

 PRÉSENCE DE SAINT-BLAISE

 Saint-Blaise est une chapelle située sur la commune de Saint-Mitre-les-Remparts, à mi-chemin entre Istres et Martigues. Elle se tient à l’extrémité nord d’un plateau rocheux qui, entre les étangs de Citis et de Lavalduc, domine la plaine de La Crau et surveille la région, du golfe de Fos à la chaîne des Alpilles et au Rhône. D’origine récente, ce nom de Saint-Blaise désigne aujourd’hui le site et la longue existence de trois habitats disparus :  un vaste oppidum gaulois paré d’un remarquable rempart grec (VIe-IIe s. av. J.-C), dont on ignore encore le nom antique ; la ville paléochrétienne d’Ugium (Ve-IXe s. ap. J.-C) ; enfin le castrum médiéval de Castelveyre (XIIIe-XIVe s. ap. J.-C). Autant d’agglomérations, tour à tour florissantes, détruites et oubliées, dont les vestiges, révélés par les fouilles, racontent l’histoire de la Provence et de la Méditerranée.

Quarante ans après Philippe Jaccottet et son « Paysages avec figures absentes », Jean-Jacques Dorio explore à nouveau l’oppidum sans nom. Mettant ses sens en éveil, il livre ici un beau texte qui, par fragments, accueille et essaie d’ordonner tous les signes qu’un tel lieu nous lance ou nous instille, longtemps parfois après l’avoir quitté

Jean CHAUSSERIE-LAPRÉE   Archéologue de Saint-Blaise

une pierre travaillée détail du rempart dit de « grand apparat » -150 environ