CIEL BLEU CIEL NOIR

Gracias a la vida
Que me ha dado tanto
Me ha dado la risa
Y me ha dado el llanto

Violeta Parra

Merci la Vie
Qui tant me donna
Me donna Fou Rire
Et me donna Pleurs Amers

ma traduction



Le ciel est d’un bleu qui jubile
écrivit en dix-neuf cent vingt
Madame Anna de Noailles

C’était après quatre ans de guerre
Affreuse, atroce, infâme, terrible.
Un temps où par milliers
Les morts ont tué les vivants

Ce vers de la très chère amie de Marcel Proust
Que j’interprète ici
à l’inverse de la formule optimiste
comme
La mort est plus forte que l’amour

C’est ce que démontrent hélas
tous les tyrans rouges ou blancs
les autocrates les dictateurs
Et aujourd’hui l’horrible Poutine
le sacrificateur
qui tel cet obscur général franquiste
crie dans un stade rempli de figurants
Vive la mort !

Le ciel est d’un noir indélébile















RAISONS D’ACCOMPAGNER CETTE PREMIÈRE NUIT DE PRINTEMPS

28 RAISONS DE PLONGER corps et âme dans la vieille écriture automatique le choc de la plume qui va au hasard Balthasar au lapsus consenti à l’image gratuite 
29 RAISONS D’ÉCRIRE SOUS LA DOUCHE des vers immortels qui nous touchent Sur le savon l’océan le tamarin la pleine lune de cette première nuit de printemps et les méduses
30 RAISONS D’ÊTRE À LA HAUTEUR pour humer l’air de Verbier ou l’algorithme d’un auteur absent de tout bouquet
31 RAISONS DE PROMENER sa petite Alice sur la Skyline de Manhattan avec les gratte-ciel en arrière-plan et le Williamsburg Bridge sous lequel Sonny Rollins soufflait toute la journée en 1960 comme un âne amoureux des bruits newyorkais 

BONNES FEUILLES suivies de COCHON DE DIEU

Pour me distraire un peu
Je mâche les bonnes feuilles
Des revues poétiques
Auxquelles je suis abonné

Je tâche d’oublier
La guerre infâme
De l’inhumaine humanité 1

Cheval par-ci 
Titres accrocheurs par-là
Et une kyrielle de noms d’auteurs
Que je ne connais pas


Kyrie éléêson
« Seigneur prends-pitié »
Me voilà ramené
À ce cochon de Dieu
Mort à Auschwitz
Et achevé dans les villes martyres
De Kharkov et de Marioupol

1 Albane Gellé

encres acryliques (40x50cm) à la recherche des gestes perdus

Dorio 19 mars 2022 Les Martigues

EN TEMPS DE GUERRE ÉCRIRE EN PAIX ?

Lire écrire en paix
À l’écart des destins obscurs
Sans défaillance sans remords Anna de Noailles

Laisser trace d’une ivresse
Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps Baudelaire
Pour témoigner de ces instants précieux
Rares courts éphémères insoucieux

Ces droits infinis de protéger
Et de bercer l’enfance de l’art
De la mort qui mord
Les civils suppliciés
Par le Russe meurtrier


Lire écrire en paix
Comme au fond des ténèbres
Ressentir ce chant funèbre
Où l’Amour ne peut rien
Contre la détresse
De mourir en une guerre
Absurde Injuste Barbare
Insensée

Martigues en Provence 19 mars 2022


Encre Acrylique 40x50 cm Dorio 18/03/2022

VISAGE N’EST PAS FIGURE

« Comme pour le mot visage qu’il substituait au mot figure et à qui il ajoutait un grand nombre de v, d’s, de g, qui semblaient tous exploser de sa main ouverte à ces moments. » Marcel Proust


Je l’écris ce poème comme on plante des clous
Pan pan pan pan 
Un pan de ce petit mur jaune
Devant lequel Bergotte cane
(en visitant Ver Meer)

Je l’écris sans scrupule
Au fil d’une plume obscure
(ou mordorée j’hésite)
Fractionnée en tout cas
Devant ce monde imaginé
Dont le personnage fait langage

Lents gages (vous aviez compris)
Qui semblent exploser
De la main ouverte
Sur les lettres et les sons
(comme Bergotte-Proust l’écrit quelque part)

Quelque part à présent
Ce poème qui n’en est pas un
Est fini 
N.I. N.I.

Notre sagesse commence où celle de l’auteur finit, et nous voudrions qu’il nous donnât des réponses quand tout ce qu’il peut faire est de nous donner des désirs Marcel PROUST