L’INTUITION DE L’INSTANT


Mi nombre es alguien y cualquiera
Je suis quelqu’un et n’importe qui

Je suis l’enfant qui lance sa boite de sardine comme un petit bateau dans le ruisselet
Je suis l’éphémère acteur d’une nouvelle de Jean Giono Jofroi de la Maussan
Je suis Christophe Colomb voyant des indiens vivant sur pilotis dans le golfe de Paria qu’il nomma Venezuela (petite Venise)
Je suis les barricades mystérieuses pièce de sixième ordre en si bémol composée sur le clavecin de François Couperin
Je suis ce cairn éphémère dressé hier sur l’oppidum des Tamaris
Je suis cet instant de vie sans futur ni passé


Le titre est de Gaston Bachelard



cairn éphémère : oppidum des Tamaris 9 mai 2022

OUBLIER SES OUBLIS

J’ai idée cette nuit d’écrire sur l’oubli. Ça m’est arrivé bien des fois, mais il faut croire qu’avec un pareil exercice, on n’est jamais sorti de l’auberge. L’auberge de la mémoire où, dans quelque pièce cachée, on accumule ses oublis : un mot au bout de la langue, le nom d’un camarade qui fréquenta la même école primaire, le souvenir d’un temps que les moins de (quatre) vingt ans ne peuvent pas connaître. Pourtant si jadis, naguère, on l’a noté et conservé dans un cahier, un memento, on peut le retrouver, ce souvenir dont on ne se rappelait plus. Mais, pourvu que l’on désire faire encore mouvement dans ce qui nous reste de vie, on lui dit définitivement, Adieu !

L’HORLOGE DE SABLE


-Encore un petit jeu ?
-Oui mais sans Je
-Rouge gorge ou mésange ?
-Hirondelle des marais
-Elle passe à tire d’aile
-Ou suit la ligne des marées
-Voyelle ou voyou ?
-Plus têtu qu’un caillou
-Qui fait des ricochets
-Ou finit pulvérisé
-Dans l’horloge de sable
-Où coule cette histoire
-Commencée comme un jeu
-N’oublie pas pour la prolonger
-De retourner le sablier

L’ASSASSIN DE LA POÉSIE


Poutine a déformé le slogan la poésie pour tous en la guerre pour tous.
Assassin de la poésie, disait-on, en blaguant, naguère.
Mais on ne rit plus devant le retour du tragique, provoqué par ce Russe hitlérisé.
Il va falloir une sacrée ruse de l’Histoire pour s’en débarrasser.
Pour que les enfants rescapés de l’Ukraine tracent à nouveau sur les arbres
Des majuscules enlacées et des cœurs.1

1 René-Guy Cadou