UNE VOIX INCONNUE




je fais espace à mon démon
dans la neutralité des choses
un jour de tournures de phrases
on me dit je ne comprends pas
les poèmes comme vous
cachés dans leur peau d’écriture


Nathanaëlle Quoirez
Kaïros
(vient de paraître
collection Polder)

Une voix inconnue
Sur ces petits bouts de textes
Assemblés en un recueil
de poésie

Avec le temps
-le très long temps-
Si je me lance dans une lecture nouvelle
Je me tiens à un seul critère :
Le texte grandit avec ses lecteurs
Que l’on peut lire comme :
Dans le chaos qu’est toute vie
Est-ce que cette manière de l’écrire
-je l’ai là sous les yeux
en 58 pages-
va dévoiler un aspect qui était resté caché
de mon identité ?
Ou non…

Cette nuit
(car c’est la nuit, au lit,
que je me livre à l’exercice)
C’est Oui 







UN POÈME INCONNU


Tout bouge et fuit
Tout se meut puis meurt
Tout fait mouvement
Même sans que tu bouges
Lisant les récits
D’Homère d’Ovide de Wang Wei
De Borges ou de Tabucchi
Quand évitant des questions
Dont tu ne sais que dire
Tu laisses le jour couler
Dans un dolce farniente
Le temps de te reprendre
 De te sentir capable
De ranimer la flamme
D’un poème inconnu

lecture mezza voce

TOUS CES MORTS INUTILES

Tous ces morts inutiles t’affaiblissent, car tu as part à l’Humanité entière.

Aussi n’envoie personne demander pour qui sonne le glas.

Car il sonne pour toi.

John Donne

Ça fait de plus en plus mal au ventre d’assister impuissant au massacre des Innocents sur la terre d’Ukraine,

De voir les gares, les théâtres, les écoles, les maisons et bâtiments, explosés par les missiles russes,

D’entendre les boniments du dictateur sanguinaire qui dans son bredouillement ubuesque se lave les mains de tout ce sang versé en vain.

Ça fait toujours mal au cœur. Mais c’est terrible, on s’habitue, on décroche, on voudrait tant qu’avec ce malheureux peuple martyrisé, on puisse passer à autre chose…

OBSÉDÉ TEXTUEL

J’ai fait plusieurs esquisses d’un texte qui toujours s’esquive

Comme un coup de poing qui emmêle les branches de ma vieille machine à écrire

Mais -pour le dire vite, en blaguant – j’appartiens à la famille des obsédés textuels

Si bien que je n’abandonne cette esquisse qu’en me disant qu’elle prendra forme un jour

Coup de poing Coup de dés

Au hasard Balthazar !