ENTRE LÈVRES ET LIVRES





lundi d’Épiphanie





Cette nuit lèvres et livres

C’est du pareil au même

Un livre de paroles

Qui se mettent à lever

Et des lèvres en chœur

De discrets inconnus

Qui murmurent ce chant





Une ronde affairée

Qu’un livre recueillit

Notes sous la portée





Et puis les mots s’emballent

Les lèvres déchirées





Comme sur cette page

Que l’on s’apprête

À livrer

En ce jour d’Épiphanie





Le renard au cabaret de la Colombe
peinture épiphanique
détail
jean jacques dorio

LECTEURS PENDUS AU CLOU DE L’IMAGINATION





Vivre sans imaginer une vie autre

C’est vivoter

Mais l’imagination mise à toutes les sauces

Sans l’expérience de sa propre vie

C’est une voie sans issue





C’est tirer de la poudre aux moineaux

Prendre des vessies pour des lanternes

Ne pas savoir à quel clou pendre sa lampe





J’imagine qu’en disant tout cela

Je n’ai pas aidé mes dix-sept lecteurs

Qui ne sont pas tombés de la dernière pluie





Même si passant entre les gouttes

Ils ont tout loisir d’imaginer la suite

De ce commencement qui n’en finit pas


	

ON N’EST PAS SÉRIEUX





On n’est pas sérieux

quand on a sept fois dix ans

et que l’on aligne encor

des vers de mirliton





dans son lit entre deux sommes

sur son rocher anglo-normand

du haut de son cimetière marin

ou au ras des flots de la plage de la Corniche





On n’est pas sérieux

au milieu de la forêt obscure

de la vie d’un innocent gribouilleur

qui passe ses nuits à noircir de la copie





mais qui au matin

se retrouve marri

devant sa page blanche


	

SÉRIEUX DOUTES SUR LA FAMEUSE MADELEINE





dédié à la famille Bellatorre





Un certain romancier

m’a conseillé

de ne pas parler

une madeleine dans la bouche





Mais un fin lettré

qui avait lu la Recherche

de A à Z

m’a affirmé mordicus

que la madeleine de Monsieur Proust

était en réalité une navette





Drôle de vie la vie d’un écrivain

manuscrit premier goût
avec hypnographies Dorio
sur fond d’un grand labyrinthe
(détails)