AU BOUT DU CONTE


Au for de soi-même
-« for intérieur » comme on dit-
C’est fort de café
Ou un pauvre faible signal
Solitaire et glacé

C’est comme la croix d’un chemin borgésien
dans l’invisible labyrinthe du Temps

For intérieur sans issue
S’il n’a pas pour horizon
L’écriture d’un texte
Qu’une lectrice (un lecteur)
sur cent 
Reprend (reprise) à sa manière
Pour en faire son miel

(au bout du conte)


18 mai 2022

« une voix sans personne »
manuscrit orné d’hypnographies (détail)

LE TEMPS PERDU ET RETROUVÉ

Il semble que les événements soient plus vastes que le moment où ils ont lieu et ne peuvent y tenir tout entiers. Certes, ils débordent sur l'avenir par la mémoire que nous en gardons, mais ils demandent une place aussi au temps qui les précède. Certes, on dira que nous ne les voyons pas alors tels qu'ils seront, mais dans le souvenir ne sont-ils pas aussi modifiés ? Marcel Proust

1

D’une monnaie usée
on donne l’illusion
D’un sou neuf
retrouvé sous la pierre des ans
Son avers est l’envers
et réciproquement

La pièce dans la nuit
Univers infini
Je la donne à l’enfant
Qui sort du ventre obscur
L’aurore pour clarté
L’espoir dans l’or du Temps


17 mai 2015 4h du matin


UN POÈME INSPIRÉ


Le poète est celui qui inspire
Bien plus que celui
Qui est inspiré

Paul Eluard


Long détour
Loin des tours de passe
D’un renard des surfaces
Chuchotant au papier
Des poèmes que l’on plie
En cinq ou six morceaux
Manière de faire un puzzle
Qui rend perplexe le lecteur
Ou l’invite -au contraire-
À y voir d’un peu plus près
Dans les creux et les bosses
Les mots et merveilles
Le feindre et le fendre
La robe bigarrée
D’un poème inspiré

16 mai 2022


manuscrit orné d’hypnographies

ÂME EN PEINE

D’ailleurs, ne soyez pas offensée de ce que je dis de la Russie. Même en laissant de côté le point, trop long à discuter, de sa politique actuelle, vous savez que je resterai toujours fidèle à la Russie de Tolstoï, de Dostoïevski, de Borodine. lettre de Marcel Proust à Mme Scheikévitch

Âme en peine 
A trop de mou
Dans ses idées
Même en mai
Le temps du mu
Guet passe très mal
Cette année

Âme en peine
La coupe est pleine
Des vies brisées
Par la guerre livrée
Depuis son palais d’or
Par l’anachronique tsar
De toutes les Russies

Âme en peine pense :
J’avais entendu parler de guerre
Dans les romans
Ou les campagnes d’Austerlitz
Ou de Waterloo 1
Je l’avais contemplée dans les tableaux
De Picasso ou du douanier Rousseau

Âme en peine
A peine à concevoir
Que cet imaginaire
Est devenu l’horrible réalité

Le front couché sur son papier
Âme en peine boucle sa complainte
Nulle paix dans ses idées
Tant qu’il y aura la guerre

1 Brassens

16 mai 2020








JE PEINDRAI VOLONTIERS MES LÉGÈRES PENSÉES

idéogrammes hypnographies 15 mai 2022

Je peindrai volontiers mes légères pensées

Mais déjà le pensant mon penser est changé

Ce que je tiens m’échappe et les choses massées

Toujours par le présent se tiennent effacées

Tant à ce changement mon esprit est rangé

Estienne Durand (1585-1618)