Quand le matin commence à poindre Quand le bouquin est achevé Claude Nougaro Berceuse à pépé Je lis toujours un livre (un « vrai », en ces temps de « tablettes » généralisées, il vaut mieux préciser), avant d’éteindre ma lampe de chevet et passer en mode endormissement Mais quand, comme tout à l’heure, je termine un bouquin 1 et que mes yeux ne sont pas prêts à se fermer (le signe que je peux procéder à l’extinction des feux), je prends un nouveau livre (acheté, ça tombe bien, à la librairie de ma ville « ce tantôt)2 Voilà, c’était le fragment, Lisez avant de vous endormir, écrit au réveil d’un premier somme. 1 Vider les lieux Olivier Rollin (offert par une de mes filles qui vit à New York, pour mes 77 piges- lire le poème sur le blog) 2 Pensez avant de parler Lisez avant de penser Fran Lebowitz (écrivaine newyorkaise traduit de l’anglais par Pierre Demarty)
DÉCASYLLABES D’UN AUTRE AVRIL
L'avril sans vers ni vermisseau Animaux à mi-mots Zao Wou Ki est parti Blancs en deuil Temps des cerises Fréhel Fredons & Poésie L'avril jusqu'au trente J'ai laissé filer l'avril jusqu'au trente, Pas un seul petit vers ni vermisseau. En revanche sur le blog poésie mode d'emploi les poèmes ont fleuri pêle-mêle, ordonnés par les jours, les nuits, la courbure des animaux : chants du loriot, huppe des Alyscamps, lièvre patagon, perdrix des neiges. Aujourd'hui Zao Wou Ki est parti, encres de Chine et lavis, blancs en deuil. Sur le papier des taches de soleil et d'ombres, sur les feuilles boursouflées « sans titre » éveille notre imaginaire. Refusant les pensées figées, je laisse aller, sans m'y arrêter, les idées qui viennent et puis qui passent. En silence, loin du monde saturé de bruiteurs. En attendant l'éclat verbal, la ligne juste. Lisant à voix haute à son chat les paroles à contre-courant, sans suite. Cerisier, merisier, de Martigues à Combourg. Au temps heureux de nos cerises, Riant de bon cœur, car il est bien court. Une fille à Cancun, l'autre à Craco vie. Et nous deux. Premières hirondelles, et pour la rime, la rue de Fréhel : J'ai l'cafard, la coco, comme un moineau. Comme les fredons d'une poésie : une heure dans la nuit, personne en vue qui nous sermonne. L'avril jusqu'au trente. C’était l’Avril 2013 Au temps Heureux de nos cerises sans plaie au cœur Sans mort prématurée de « ma moitié » Ni guerre anachronique Dans les terres dévastées de l’Ukraine
BOUTCHA
Les images des corps morts dans les rues de Boutcha Je ne veux pas les voir No quiero verlas Mais ce que j’aurai voulu C’est que pour chacun et chacune L’on me racontât leur vie Leurs songes et leurs paroles Leurs noms et leurs prénoms Leurs petites histoires qui font sourire Ou qui embuent les yeux Tous ces signes qui avant leur ignoble assassinat Faisaient de ces personnes Des sujets uniques et singuliers Fragiles et vulnérables Humains
LA CHUTE DE LA MAISON RUSSIE
D’ailleurs, ne soyez pas offensée de ce que je dis de la Russie. Même en laissant de côté le point, trop long à discuter, de sa politique actuelle, vous savez que je resterai toujours fidèle à la Russie de Tolstoï, de Dostoïevski, de Borodine. Marcel Proust lettre à Mme Scheikévitch

La Roue de Fortune, poussée par les basses œuvres du tsar du Kremlin, dégouline du sang des enfants de l’Ukraine
Avant qu’elle ne retombe, écrasant le tyran, arrachant ses mensonges et entraînant la chute de la maison Russie
Dans l’ère plénière du langage s’intègre la durée d’une parole d’homme. Et l’homme de langage s’avance encore parmi nous. Il couvre du regard le temps des morts et des vivants. A l’empire du passé il joint l’empire du futur, où court son ombre prophétique.
Saint John Perse
HOQUETS ET RIME ÉQUIVOQUÉE
Dans mes poèmes j’avance si lentement que je rends souvent page blanche Me promenant rêveur entre les lignes Ou posant fier comme un dernier Abencerage (un rappel si je ne m’abuse de Chateaubriand) Dans mes poèmes blablabla Où je m’embarque sans biscuit À l’heure du berger Au milieu de la nuit Bâtons rompus entremêlés Un dernier coup sur la peau de mon tambour Ratapampan Derniers hoquets Ultime rime équivoquée