SUR LE PAPIER ET SUR L’ÉCRAN

Sur le papier et sur l’écran

J’écris à n’en plus finir

La nuit et sa béance

Ma plume en l’absence

De mes correspondants

Hommes et femmes

.

Faute de mieux je fais des vers

Qui n’ont hélas aucune fame

Plus fol que sage j’use mes gammes

De pensées sauvages et de bri-collages

.

Sur le papier blanc comme neige

Et sur l’écran noir des coups tordus

Sans aucune explique

.

Si ce n’est un énième exercice

d’une écriture qui déplace les mots

Et les morceaux de phrases

Passe d’une ligne sur l’autre

Avec des insertions

Et des approximations successives

.

C’est une lutte contre l’écrivaillerie

dixit Montaigne

qui en faisait le symptôme

d’un siècle débordé

par les écrits

sur les choses vaines

.

Ma plume en l’absence

achève là son essai

dans l’insatisfaction

Je me console en pensant

que les choses vaines

mises de côté

il est encore temps

de s’améliorer

POÈTE POÈME POÉSIE

Un enfant a dit

J’ai mal à la tête

Un docteur a dit

Trop de poésies !

.

C’est inacceptable

A dit un poète

Les mots d’un poème

M’ont toujours guéri

.

Poète poème poésie

.

A child said
My head hurts

A doctor said
Too much poetry



Unacceptable
said the poet

The words of a poem
have always healed me



Poet
poem
poetry

les deux versions dites par ma fille Pauline et sa fille Alice

avec au final la voix du petit Victor

Sur la terrasse des Martigues 13/08/2025

.

Un niño dijo:

Me duele la cabeza

Un médico respondió:

¡Demasiada poesía!

.

Inaceptable,

dijo un poeta,

Las palabras de un poema

Siempre me han curado.

.

Poeta, poema, poesía

CINQ MINUTES À PERDRE

Si vous n’avez pas cinq minutes à perdre, ne lisez pas la suite.

Si votre esprit n’a pas l’habitude de battre la campagne, passez votre chemin.

Si votre cœur est incapable d’offrir un myosotis à une fille, n’écoutez pas Brassens.

Mais si vous aimez les mots chantés à voix profonde et douce, et comme Anne Sylvestre, les gens qui doutent,

Vous êtes les bienvenus sur un rythme de Django, diablement manouche, avant qu’un peu de terre n’emplisse votre bouche.

L’ENFANCE DE L’ART

Je flotte, avant de fermer les yeux pour m’endormir, 

vers un asile sans frontières,

en parcourant des yeux des poèmes définitivement perdus

Je les lis pour qu’ils me lient à leurs métamorphoses

Ainsi ce chemin mouvant qui va l’amble

Ou bien une enfant brune qui mange un réglisse

C’est l’enfance de l’art de l’ancienne rhétorique

C’est le train-train métaphorique

D’un veilleur qui coûte que coûte

Se tient en alerte devant

Sa fenêtre primitive

41° LIEU publié sur Encres Vives octobre 1997

2° version 

Je flotte, avant de fermer les yeux pour m’endormir,
vers un asile sans frontières,
en parcourant des yeux des poèmes définitivement perdus.


Amateur, c’est aimer
loin du monde et du bruit,
décliner l’espérance
d’une langue fléchissante et colorée.


Je les lis pour qu’ils me lient à leurs métamorphoses —
ainsi ce chemin mouvant qui va l’amble,
ou bien une enfant brune qui mange un réglisse :
l’enfance de l’art de l’ancienne rhétorique.


C’est aimer le rythme
et la vibration,
écrits sur la page d’un papier choisi
pour son grain, sa texture.


C’est le train-train métaphorique
d’un veilleur qui coûte que coûte
se tient en alerte devant
sa fenêtre primitive,
ouverte sur les murs du grand Mai
où les mots jouissifs s’obstinent —
et tout le reste est littérature.