JOUER sa vie en la contant





JOUER





Jouer de la clarinette. Jouer à qui perd gagne. Jouer du luth à la tzigane. Jouer avec les mots du judo. Jouer ippon et ko-soto-gari. Jouer avec Marie au petit mari. Jouer de Molière les Fourberies. Jouer aux cartes en fumant la pipe d’écume de Magritte. Jouer aux barres et au ballon prisonnier. Jouer au hasard avec Baltazar. Jouer au con. (pardon) Jouer à faire l’imbécile. Jouer à colin-maillard. Jouer au chat perché. Jouer les yeux fermés à la marelle avec Adèle. Jouer sans peur et sans reproche. Jouer 89 à la Bastoche. Jouer au bilboquet avec Carole Bouquet. Jouer aux dames tout feu tout flamme. Jouer à l’intello au café de Flore avec Choderlos de Laclos. Jouer de ses relations. Jouer au libertin en cueillant un bouquet de thym fleuri à la Du Barry. Jouer de l’orgue de barbarie. Jouer une comédie musicale à Brooklyn. Jouer la partition pour flûte de Paris s’éveille. Jouer Alice au pays des Merveilles. Jouer du violon quand le jour décline. Jouer aux osselets avec le tarse et l’astragale d’un jeune mouton. Jouer à la main chaude et au toque-manotte. Jouer à Don Quichotte sans son Pança. Jouer jusqu’à plus soif. Jouer l’hymne à l’amour de la môme Piaf. Jouer cette ritournelle à la déesse Sibylle qui à la fin se retourne et dit : Jouer sa vie c’est la conter.


	

AIMER son jardin imparfait

L’amour aussi bien que le feu ne peut subsister sans un mouvement continuel ; et il cesse de vivre dès qu’il cesse d’espérer ou de craindre. 

François de la Rochefoucauld

AIMER




Aimer Aimée. Aimer mémé poussée dans les orties. Aimer les ortolans. Aimer les longs moments où je vous regarde. Aimer la jeune garde. Aimer Titi. Aimer Merleau-Ponty. Aimer la nuit. Aimer la clocharde céleste. Aimer Shakespeare. Aimer l’oiseau-lyre. Aimer Marbeuf et Rutebeuf. Aimer la chanson des Amours de Cassandre. Aimer la pensée sauvage. Aimer le miel et les cendres. Aimer l’art brut. Aimer le conatus. Aimer persévérer. Aimer l’alouette avec son tire-lire. Aimer l’arc et la lyre. Aimer le doux zéphir. Aimer la môme Néant. Aimer l’ache et le serpolet. Aimer improviser. Aimer le temps des cerises. Aimer sa première chemise. Aimer ses taches de rousseur. Aimer Stéphane Mallarmé. Aimer ses lèvres et ses livres. Aimer sa main dextre et sa main senestre. Aimer les devinettes. Aimer les anagrammes et les androgynes. Aimer les chanterelles. Aimer les petits cris des hirondelles. Aimer Anne Sylvestre. Aimer les Symbolistes. Aimer faire des listes. Aimer ses bas et ses hauts. Aimer sans coup férir. Aimer les quatre cent coups. Aimer les exercices de style. Aimer le bon grain et l’ivraie. Aimer l’imprévisible. Aimer Mozart ma non troppo. Aimer les rimes de Germain Nouveau. Aimer Pierrot sous la lune. Aimer pour de semblant et pour de vrai. Aimer son jardin imparfait.





MAI 68 À LA RECHERCHE DU TEMPS PAS PERDU





Il y avait il y avait la Sinfonia composée en 68

par Luciano Bério avec des citations parlées, murmurées,

criées, paroles d’amérindiens extraites du Cru et du Cuit,

extraits de l’Innommable de Sam Beckett, de slogans de Mai

et du nom en boucle de Martin Luther King assassiné le 4 avril,

le  jour même où Daniel Cohn Bendit dit Dany le Rouge faisait ses 23 ans.





Il y avait Belle du Seigneur, Le Vol d’Icare et l’Œuvre au noir,

qui venaient de paraître.





Il y avait ces camarades communistes qui avaient programmé

leur Révolution qui ne pouvaient être menée que par leurs prolétaires

et qui me disaient en pestant :

avec vos conneries vous nous faites perdre dix ans (texto)





Il n’y avait pas que le slogan obscène CRS SS

Il y avait aussi CRS DESSEREZ LES FESSES





Il y avait l’humour toujours l’humour

Mai 68 À la recherche du Temps pas perdu





Il y avait l’amour toujours l’amour

FAITES L’AMOUR PAS LA GUERRE

Make love not war

Siempre el amor Jamás la Guerra

L’orgasme apaisera le futur (anagramme)





Il y avait mon père qui avait connu 36

Côté paysan (une rareté)

Et qui était toujours en Mai 68

La souche que je m’efforçais de prolonger

En usant du fameux rhizome deleuzien





Il y avait ma mère qui me faisait toujours

mes chaussettes mes bonnets au crochet

et naturellement les bocaux de pâté

et les terrines de foie d’oie ou de canard

gavés au maïs maison





Il y avait le métalangage des graffiti

Et toutes les choses désacralisées

Qui redonnaient du mordant

À notre fièvre de compréhension





Il y avait cette qualité suprême

Qui tournait sans cesse dans ma tête

LA F R A T E R N I S A T I O N

Un mot une vertu qu’ont perdu

Tous ses ex-soixante-huit-tards

Devenus par leurs positions de Gagnants

Des Louis-Phippards





Il y avait Il y a une fois une seule

Cette page définitivement tournée

Mais que personne ne sera capable

Tant que vivray     De récupérer !


	

MAI 68 GUÉRIR LA VIE





Il y avait les routards et les beatniks

10 ans avant Mai 68

Clochards célestes

Lecteurs de Sur la route de Jack Kerouac

Et qui se retrouvaient chez Popof

Le café rue de la Huchette





Il y avait il y eut le grand mythe de l’Utopique

An zéro : On arrête tout On réfléchit

Et on invente l’an 01





Il y avait toutes ces questions sur la vie

Plus ou moins bien formulées

Et dont les réponses – c’était le drame-

Ne pouvaient être données sur le champ

C’était ça le leurre de SOYEZ RÉALISTES

DEMANDEZ L’IMPOSSIBLE…





Il y avait une joie incommensurable

Et une marrade généralisée

Qu’est-ce qu’on a pu rigoler

En inventant des slogans en marchant

Qui étaient repris par cent par mille

Ou faisaient flop

Et HOP HOP HOP





On avait en horreur le petit chef autoritaire

Le caporal clairon trompette

Et le général je-vous-ai-compris





Il y avait des ingénieurs agronomes reconvertis en chevriers

Des grammairiens distingués qui farcissaient les murs

de fautes d’ortigrafe

Des sociologues aidant les travailleurs manuels

à coucher sur papier de boucher leur récit de vie

Des antipsys qui ouvraient les murs de l’Asile

suivant la recommandation d’Artaud le Momo

car il s’agissait en Mai 68

de GUÉRIR LA VIE