
ZIC ZAC DES HYPNOGRAPHIES

Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour

Sur nos tempes passe le temps et la nue, la nuit où, terminant mon texte manuscrit, je l’écris étendu, non dans l’herbe, mais (banalement) dans mon lit où, tout en traçant par intermittences les lettres, simultanément, je les lis.
Sur nos tempes passe le temps et sa lie, le temps mauvais des crimes de guerre, actuellement commis par un autocrate au cerveau pourri, au nom de la Sainte Russie.
Les deux trois rouges au côté droit d’un dormeur du val, jeune, tête nue, tranquille, se sont convertis en des corps déchiquetés, explosés collectivement dans des théâtres, des gares, des supermarchés et aussi, quand le missile aveugle détruit les immeubles, en de pauvres corps d’enfants serrant leurs doudous ensanglantés.
Sur mes tempes où ce que j’écris là, a quelque chose de funèbre, dans des décors noirs et rouges comme ceux de l’ancien Dieu Pan Creator.
Écrire pourquoi, si ce n’est pour ce déchirant appel à l’écriture d’un livre, heurté, troué d’éclairs, en vertu de la loi inévitable, qui veut que qu’on ne puisse imaginer que ce qui est absent.
« Plume en l’absence » et vocation d’un être proustien appréhendant, après tant de temps perdu, un peu de temps à l’état pur.
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https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi
Les phrases du texte signifient hic et nunc. Alors le texte « actualisé » trouve une ambiance et une audience ; il reprend son mouvement, intercepté et suspendu, de référence vers un monde et ses sujets. Ce monde c’est celui du lecteur ; ce sujet, c’est le lecteur lui-même. Paul Ricœur
Il faut écrire sans penser une seconde à être lu
Il faut lire comme si c’était nous qui avions écrit la page sous nos yeux
Il faut écrire et lire en simultané
Il faut s’amuser à écrire en secret sans amuser la galerie
Il faut continuer à écrire à sa Muse en allée comme si sa nuit définitive était un phénomène relevant de Fiction & Cie
Il faut lire demain dès l’aube en portant un bouquet de roses de la vie
Il faut écrire en retenant ses cris
Il faut lire en direct ephemeride.com : jeudi 7 juillet 2022 188° jour de l’année 177 restants 27° semaine nouvelle lune premier quartier
Il faut écrire « sans y penser » (ni vouloir le vouloir) un titre musical de Clément Janequin (1547)
Il faut lire dit-on les Pensées de M. Pascal sur la Religion et sur quelques autres sujets qui ont été trouvées après sa mort parmi ses papiers
Ou bien il faut écrire durant sa mort anthume sur des papiers qui fleurent bon l’éternité
Il faut lire tout et son contraire
Il faut écrire a contrario ce qui ne signifie en rien « au contraire »
Il faut lire ce qui précède comme un texte écrit par une personne dont la fable imite l’action (ou le contraire)
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LONGTEMPS JE ME SUIS COUCHÉ
Je me souviens qu’un jour j’écrivis Longtemps je me suis couché de bonne heure. Jamais je n’aurais imaginé que ça allait devenir l’incipit le plus célèbre de la littérature française. Je peux témoigner que j’ai cherché bien d’autre phrases premières, de celles qui accrochent ou non le lecteur. Et d’ailleurs, les manuscrits déposés à la BNF en attestent, je la trouvais si banale et proche du degré zéro de l’écriture, que je l’ai souvent barrée, biffée, exécrée. Mais bon, un jour pressé par l’éditeur, j’ai remis ainsi mon manuscrit. J’avais perdu assez de temps et j’avais hâte de confronter mes lecteurs à la présence d’un narrateur qui s’éveillant au milieu de la nuit, ignore où il se trouve et ne sait même plus au premier abord qui il est.
EXERCICES
Sans exercices il n’est nul art. Exercices quotidiens s’entend et de tout type et en tous lieux. Jeux d’enfants dans Broadway, entrées de clowns à l’asile, vouvoiement à quelqu’un que l’on tutoie (et vice versa), exercices d’attrapages de mouches sur les vaches sacrées, de tutage de grillon que l’on apporte dans le fournil du boulanger, et des grenouilles de l’étang que l’on leurre avec un chiffon cédé par Monnet, invention d’une langue commune aux Babéleux, etc
Sans exercices il n’est nul art mais l’art n’est pas exercice.
PAPIERS D’IDENTITÉ
Étrangeté jamais démentie, relire ses « papiers d’identité », ses multiples carnets d’instants rapportés plus d’un demi-siècle durant, de dessins à la plume ou au pinceau, de pincées de poèmes inachevés (ils le sont tous). Milliers de pages de tout format, de toute forme essayée. Blablas, babels, exercices sans style, mais au stylo sur ce papier qui parfois est devenu muet et d’autrefois continue étrangement « à nous parler ».
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Combien j’en ai bavé des vertes et des pas mûres Le vers me vient ainsi à cinq heur’s du matin Combien j’en ai chanté chansons que l’on murmure Quand ça vaut mieux que d’attraper le scarlatin Combien j’en ai écrit lignes de poésie Où l’on change le monde en choisissant ses mots Devant la page blanche vague cénesthésie Troubles de l’illusion pour apaiser nos maux Combien j’en ai raté des occasions perdues Des concerts de Coltrane des pièces de Shakespeare Reggiani chantant la ballade des pendus Combien j’en ai dicté de regrets et soupirs À la nuit qui enveloppe ce sonnet mes paroles Suis-je ici Suis-je là Je ne sais plus mon rôle 6 juillet 2022
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