DEUX ANGUILLES LOVÉES





Je lis un poème dédié à Octavio Paz

écrit une nuit de décembre 1961

à Cuernavaca – ce « Corne de vache »

donné par les conquérants espagnols

qui déformèrent ce « lieu près des arbres »

cuahuitl-nahuac de la langue des Nahuatl





Je crois bien que c’est là que Mingus

quitta définitivement sa contre basse

À moins qu’on l’ait enterré avec





C’est la coutume des indiens Kuna

lisais-je hier

Pas de contre basse mais des objets

en modèle réduit

caractérisant les défunts

une pirogue la mola des deux anguilles lovées

une paire de ciseaux un labyrinthe sans entrée





Tout ce qu’on ne voit bien que les yeux fermés





05/05/2020

mola des deux anguilles lovées
Tableaux Kuna
MichelPerrin
Arthaud 1998

LA FABRIQUE D’UN POÈME





Laissez-moi voyager incognito

Inconnu de moi-même

Dans les séismes du monde 





l’avenue B de New York

où ma fille masquée

va à la pharmacie

chercher du lait





un parc est à côté

où poussent les tulipes

et les premières jonquilles

comme chantait Auffray





Il court il court le furet

Les images s’agitent

Portées à bout d’écrans magiques





Je fabrique des poèmes

-ai-je lu hier-

qui sautent à l’élastique

ça je l’ai ajouté





Je bricole des voyages

que j’offre aux inconnu.e.s

Qui comme moi fabriquent

des rêves incognito

pour sortir de leurs Bastilles





04/05/2020

QUENEAU NOUVEAU DOCTEUR CONTRE LE CORONA





Le roi Raymond Queneau écrivit dix sonnets

Dont chaque alexandrin fut par lui séparé

Sur quatorze languettes de papier découpé

10 puissance 14 vous zavez ka compter*





Moi je les ai classés dans ma verte chemise

Je les apprends par cœur chantant leur Oulipo

Je conseille le remède à ceux que traumatise

Le virus du covid qui leur vide la peau





Le poète inspiré c’était bon pour Homère

L’aède de l’Iliade exaltant les Héros

Les Grecs s’écrabouillaient faisant pleurer les mères





Les poètes oulipiens c’est plus terlintintin

Des dieux ils ont soupé ils préfèrent les lutins

Qui nous délivrent du mal mais non des chocs verbaux





 *Cent mille milliards de poèmes

Raymond Queneau

dimanche 03/05/2020

ROBERT

UN DICTIONNAIRE À PART MOI

J’utilise le petit chaque jour. J’en ai besoin quand je reprends ces textes écrits la nuit, comme celui-ci, et que je les recopie, non sans quelques modifications, sur world. J’ai acheté le premier dans une librairie de la place du Capitole, dès sa sortie, en 1966. Michel Cournot dans le récent Nouvel Observateur, nous demandait de l’acquérir tout affaire cessante, même si pour le voler, pratique courante à l’époque, on devait prévoir un grand imper, façon inspecteur Colombo. J’ai remplacé cet exemplaire premier, trop fatigué, par « l’édition des 50 ans », un demi-siècle, dix lustres après, dans lequel Alain Rey, le seul père spirituel encore vivant, et bien vivant, a fait appel à l’artiste Fabienne Verdier, pour « illuminer » de 22 tableaux le tout. Notre Roi, oui c’est la traduction de Rey, n’a pas caché sa joie devant les projections de l’artiste. Il a accompagné chacune d’un bref article mettant en jeu deux termes saisis au vol « transformant en langage humain le chant de la Terre ». De Arborescence/Allégorie à Voix/Vortex. « La voix humaine convoquera d’autres voix, jusqu’aux voix du silence. »

TABLEAU DE FABIENNE VERDIER
pour l’édition des 50 ans