voix et musique
Jean Jacques Dorio
arrangement musical
Philippe Bruguière
studio Le Petit Mas
été 2019

pour les enfants et pour les raffinés
pour obtenir le cd
doriojeanjacques@gmail.com
Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour

Je lis un poème dédié à Octavio Paz
écrit une nuit de décembre 1961
à Cuernavaca – ce « Corne de vache »
donné par les conquérants espagnols
qui déformèrent ce « lieu près des arbres »
cuahuitl-nahuac de la langue des Nahuatl
Je crois bien que c’est là que Mingus
quitta définitivement sa contre basse
À moins qu’on l’ait enterré avec
C’est la coutume des indiens Kuna
lisais-je hier
Pas de contre basse mais des objets
en modèle réduit
caractérisant les défunts
une pirogue la mola des deux anguilles lovées
une paire de ciseaux un labyrinthe sans entrée
Tout ce qu’on ne voit bien que les yeux fermés
05/05/2020

Laissez-moi voyager incognito
Inconnu de moi-même
Dans les séismes du monde
l’avenue B de New York
où ma fille masquée
va à la pharmacie
chercher du lait
un parc est à côté
où poussent les tulipes
et les premières jonquilles
comme chantait Auffray
Il court il court le furet
Les images s’agitent
Portées à bout d’écrans magiques
Je fabrique des poèmes
-ai-je lu hier-
qui sautent à l’élastique
ça je l’ai ajouté
Je bricole des voyages
que j’offre aux inconnu.e.s
Qui comme moi fabriquent
des rêves incognito
pour sortir de leurs Bastilles
04/05/2020
Le roi Raymond Queneau écrivit dix sonnets
Dont chaque alexandrin fut par lui séparé
Sur quatorze languettes de papier découpé
10 puissance 14 vous zavez ka compter*
Moi je les ai classés dans ma verte chemise
Je les apprends par cœur chantant leur Oulipo
Je conseille le remède à ceux que traumatise
Le virus du covid qui leur vide la peau
Le poète inspiré c’était bon pour Homère
L’aède de l’Iliade exaltant les Héros
Les Grecs s’écrabouillaient faisant pleurer les mères
Les poètes oulipiens c’est plus terlintintin
Des dieux ils ont soupé ils préfèrent les lutins
Qui nous délivrent du mal mais non des chocs verbaux
*Cent mille milliards de poèmes
Raymond Queneau
dimanche 03/05/2020
UN DICTIONNAIRE À PART MOI
J’utilise le petit chaque jour. J’en ai besoin quand je reprends ces textes écrits la nuit, comme celui-ci, et que je les recopie, non sans quelques modifications, sur world. J’ai acheté le premier dans une librairie de la place du Capitole, dès sa sortie, en 1966. Michel Cournot dans le récent Nouvel Observateur, nous demandait de l’acquérir tout affaire cessante, même si pour le voler, pratique courante à l’époque, on devait prévoir un grand imper, façon inspecteur Colombo. J’ai remplacé cet exemplaire premier, trop fatigué, par « l’édition des 50 ans », un demi-siècle, dix lustres après, dans lequel Alain Rey, le seul père spirituel encore vivant, et bien vivant, a fait appel à l’artiste Fabienne Verdier, pour « illuminer » de 22 tableaux le tout. Notre Roi, oui c’est la traduction de Rey, n’a pas caché sa joie devant les projections de l’artiste. Il a accompagné chacune d’un bref article mettant en jeu deux termes saisis au vol « transformant en langage humain le chant de la Terre ». De Arborescence/Allégorie à Voix/Vortex. « La voix humaine convoquera d’autres voix, jusqu’aux voix du silence. »
