LE GOÛT DES MO(R)TS

 
Le goût des mots 
Toujours nouveaux
Toujours manquants
Ou disparus
 
Les distingués
Les putassiers
 
Le goût des nuances
Fixées par l’écrit
Suggérées par la langue
Qui parle au papier
Comme Montaigne le dit
En ses Essais
 
On parlécrit
En murmurant Verlaine et Valéry
Tout ce qui nous fait du bien
Dans la voix des poésies
Du moindre brin de paille dans l’étable
Au toit tranquille où picoraient des focs
 
Toujours nouveaux
Toujours épris
De créations verbales :
Je me recroquemitoufle
Je t’rêve
Je t’raime
Je t’arc-en-ciel
Je tramway nommé désir
 
Le désir de tout dire
Et je manque de mots
Le désir de se taire
Pour penser à ses morts
 
Le goût des mots
Le don des morts
Désormais vivants
Uniquement sur nos lèvres
Et dans la manière folle
De leur écrire
En langue belle
 
(il faudrait continuer)
 
 
je me recroquemitoufle (chanson auteurs : Amade, Delanoé, compositeur Bécaud)
je t'rêve (Dorio éditions Rafael de Surtis)
je t'raime (titre d'une toile peinte par Hérold)
le tout est de tout dire et je manque de mots (Eluard)





	

UN FAGOT DE PROVISIONS INCONNUES

Une minute, une seule, va passer – passe, passe, passerelle – entre le premier et le dernier mot de ce court texte manuscrit.

C’est ce que je me dis, en première intention, laissant courir la plume, par monts et par vaux.

Avant de m’arrêter.

Car, je n’ai pas de montre, pour vérifier, et mon régime d’écriture s’apparente à une flânerie sans fin.

Par petites touches sur le papier, puis sur le clavier, qui font flamber ce fagot de provisions inconnues.*

* Montaigne (De la phisionomie)

LA POÉSIE EST UN ART DE SURFACE

 


La poésie est un art de surface
Tissée de mille plis
Cosmos parure
Parlure diaprée
Assurée par quelques êtres tenaces
 
La poésie est un art de Nature
Sa robe d’apparences
Ormeaux rivières
Arbres à miel
Plumes parades
Des voix vives animales
 
La poésie est un art de maraude
Matériaux de récupération
Citations en remploi
Mémoire personnelle en conflit
Avec le monde qui brise sans cesse le fil
 
Art de surface
Art de nature
Art de maraude
 
Je plaide coupable d’être cette personne
qui pratique cet art en toute innocence




 
 
 
 

C’EST BIZARRE L’ÉCRITURE

 C’est bizarre l’écriture* Qui êtes-vous quand vous écrivez ? Notez bien vous n’écrivez pas à votre notaire à votre mère à votre ulcère à votre amie dernière Non vous écrivez sur votre page vierge devenue peu à peu bleue noire ou rouge selon la couleur de votre stylo crayon fino – c’est la marque de la pointe fine qui trace ces signes mots et lignes – C’est bizarre l’écriture la formule initiale qui a enclenché ce pataquès pâté patchwork pastis a sauté aux yeux de lecteur de celui qui s’est lancé dès lors à corps perdu tête baissée dans l’exercice de ce bourlingage langage sorti des limbes d’une nuit plate comme on dit de l’eau ou du nom donné à une ferme de son village « Plate » « Pégarou » « Brioulette » « Saint Valentin » C’est bizarre l’écriture offerte ensuite par la magie de la conversion numérique à une poignée de lecteurs qui s’y fondent s’y plaisent y prolongent leur imaginaire ou s’en désintéressent C’est bizarre la lecture  

*Christiane Rochefort

exercice d’écriture
15/11/2019
2h15-2h53

MA PIERRE DE ROSETTE

photographie JJD
près du phare de La Couronne
aux Martigues





Ma pierre de Rosette

Ma rose pétrifiée

Mon échelle de roche

Ma pierre de l’aimant

Ma pierre de l’amant

malheureux





Ma pierre de rosée

Ma rose au cœur

Sans rosier

Ma pierre qui a horreur

Des guerres et des mots

creux





Ma pierre de chaman

Ma pierre fou droyée

Ma pierre de Terre Mère

Ma pierre où je frotte

Ma cervelle et mes pieds





Ma pierre photographiée

Ma pierre de calligraphe

Sans encre et sans papier

Ma pierre vigilante

Ma pierre de calcaire

coquillier





Ma pierre symbolique

Dans laquelle je disparais