CAUTE

Caute, sois prudent, reste aux abris, fais attention à tout ce qui frappe, blesse, éprouve, « tue ».

Caute, Spinoza en fit inscription sur son blason, pour lui, en effet, sa prudence était une question de vie ou de mort. Cache cet écrit que les autorités ne sauraient voir, ne lui appose pas ta signature, ne va pas dans la rue, même si tu en as fortement envie, pour arracher laffiche délétère du tyran.

Et pour aujourdhui, caute, (méfi !) ne te risque pas sur les réseaux qui poursuivent de leur haine les asociaux, les empêcheurs de penser en rond.

Ton refuge, cest comme du temps de Spino, lecture-écriture, épanouissement dans les secrets des « métaphores vives », dans lesprit qui plane au-delà de ce livre que lon tient dans ses mains.

Caute, cajolant cet « enfant dune nuit dIdumée », lisant en cachette, ce lettré raffiné, absent de tous les journaux et gazettes, entouré de fenêtres ouvertes par un expressionniste abstrait, un musicien répétant ses accords minimalistes, se moquant de cet écrit quun ami lecteur vante exagérément, puis sécrie : Mazette !

SPINO ET LE PASSAGE D’UN GOÉLAND (reprise du poème 6)





Si l’Esprit veut pouvoir comprendre, nulle partie du Corps ne doit souffrir de malnutrition, ni non plus de suralimentation.

Bernard Pautrat (Ethica sexualis Spinoza et l’amour)





Si l’on ne sait quoi faire

Autant lire et relire Spino(za)

(Annoté ici par son traducteur

entre Corps et Esprit)





Autant faire le compte de nos désirs immodérés 

de gloriole (ambitio)

de mangeaille (luxuria)

de bouteille (ebrietas)

et d’argent (avaritia)





Avec en sus le mystère de la libido

que notre professeur traduit « lubricité »





À cet instant curieusement un « gabian » au vol lourd

passe devant sa fenêtre ouverte sur la nuit

et se met à goaler :

La vie bonne ! la vie bonne !





Oui se dit-on elle est secouée de toute part

Et telle cette poésie contrariée

Elle n’est jamais gagnée


	

PRUDEMMENT « caute » (reprise du poème 1)





Je reprends le poème
Mais c’est pas gagné

Je reprends le suspens
Prudemment caute

Je n’ai nulle envie
De me faire spoiler

Je reprends Je reprise
Je refais une blague

À la page vierge
Au lecteur hypothétique

Je refais le coup
Non de l’hypocrite lecteur baudelairien
(mon semblable mon frère)

Mais du lecteur blasonné…
Fol lunatique Fol erratique
(…par Rabelais)

C’est peut-être pas la forme olympique
Mais cette reprise m’a donné des idées

(Prudemment Caute)*



*c’est dans le sceau de Spinoza qu’on peut lire cette devise latine 




J’ÉCRIS opus 6





J’écris sur les murs du Grand Mai et sur les pavés des cathédrales

J’écris sur la plaque d’égout de Pont à Mousson à Pont Saint Esprit


J’écris à dire vrai en attendant ces mots cachés qui soudain m’apparaissent et que je couche sur le papier


J’écris ce dialogue intérieur d’un scribe qui pratique la déformation systématique, la moquerie, la gibe

J’écris à ce corps éphémère sous l’espèce de persévérance que Spinoza, si j’ai bien lu, appelait l’éternité :


De ce qu’un peu auparavant j’ai été il ne s’ensuit pas que maintenant je doive être le même

J’écris appuyé sur un grand livre à la couverture moutarde

J’écris aspiré par le bord de la nuit à pas de loup dit le haïku


J’écris à la renarde qui passe entre les lignes d’un poète animalier


J’écris l’été de mes douze ans dans un chalet loué en Gaspésie

J’écris petit moineau à qui on donne la becquée


J’écris à côté du laboratoire central becquets et paperolles sur  de petits papiers


J’écris à la Nébuleuse de l’Aigle à sept mille années-lumière

J’écris en aveugle sur le banc des accusés de fuite en avant dans le poème






 




 




IL FAUT PERSÉVÉRER





il faut persévérer

il faut percer les murailles de l’Éthique de Bénédict Spinoza

il faut scandaliser

et polir ses lentilles ou ses vers en silence

 quand tous les dogmatismes qui ont pignon sur rue

vous excommunient

il faut se libérer

rire de ses bêtises et jouir de ses désirs réalisés de liberté

il faut se cacher

du petit doigt des imbéciles des envieux des intolérants

des rois-soleils-de-pacotille des fanatiques et des joueurs de tambour

il faut disparaître

sans laisser de traces qui seraient des réponses faisant long feu

il faut il faut

relire les nuits blanches

de Robert Desnos

en défiant la mort

sa faux

et ses balances