FIGURES DE L’ART MODESTE

FIGURES DE L’ART MODESTE qui n’a pas besoin d’un nom (re)connu pour manifester son inventivité Figures d’homo ludens : fais de ta vie une œuvre d’art qui ne s’expose dans aucun musée Figures aux sens multiples échangées à contre-courant d’une société qui gonfle sa bulle d’un marché de l’Art indigne Figures partagées du don et du contre-don de l’humour et de l’autodérision créative du petit oiseau dans ta tête et « du bruit fait avec tes pieds »* Figures d’un art modeste qui nous aide à nous renouveler

Yo quiero hacer un ruido con los pies

Y quiero que mi alma encontra su cuerpo

Nicanor Parra

Je veux faire du bruit avec mes pieds

Et que mon âme rencontre son corps

FIGURES DE L’ART MODESTE
acryliques encres collages
sur toile
Dorio
21/11/2016

1789 PAS SUR LE SABLE DES CORRESPONDANCES

 
Je suis assis sur un tronc échoué, j’ai compté 1789 pas dans le sable pour y accéder. Ce sera, le temps de mon écriture, l’arbre de la Révolution.
4 bateaux à l’ancre, un autre là-bas dans la darse du trafic, dont l’on décharge je ne sais quel or noir.  
Jérôme Bosch aurait pu le faire figurer dans la partie bitumeuse de son Enfer.
Les planches à voile comme des flèches sillonnent la surface des eaux.
J’imagine que le sable que je fais couler entre mes doigts est celui du Sahara. Comme celui coloré de cet immense sablier avec des parties calligraphiées, que j’ai acquis dernièrement grâce à une amie galeriste.
1789 pas, comme autant de notes comptées par Phil Glass pour son Einstein on the beach – c’est le cas de l’écrire.
1789 pas, maintenant, à faire en sens inverse. Sans compter.  
L’exercice se termine. On ne commande aux correspondances qui nous envahissent, en ces moments particuliers, qu’en leur obéissant.

(Petit carnet des bords de mer)


 

MOTS FLOTTÉS D’UN BORD DE MER

 
Tronc bois flotté du golfe de Fos
Planches à voile libellules à cœur joie par mistral soutenu
Les mots viendront mais lesquels ?
Sacs et ressacs
Tours et retours…de flammes et de flammèches
Les mots viendront contaminer ce vieux carnet ou essaimer
La mer remue paisiblement ou frise là-bas à l’ouest du port minéralier
Dix navires en attente immenses Babels d’huile noire ou de gaz
Les mots viendront selon selon
Surtout ne pas se retourner
Ne pas lever l’œil vers le haut de page
Une façon de faire comme une autre
Les mots viendront dans le remous et dans la simplicité
Hermanos frères de cœur et de recueils renouvelés
Une façon d’avancer ligne à ligne
De lancer le bouchon la bulle irisée
La balle est dans le camp du désir sans objet
Une badine rouge
Des cailloux
Des pelotes de posidonie enfermant l’univers
Les mots viendront remuer le chaos
Vagues à vagues continues obstinées


(Petit carnet des bords de mer)

PETIT CARNET DES BORDS DE MER

Le petit carnet appelle…mais je ne sais trop quoi lui dire.

D’autant que quelques gouttes lui tombent dessus.

Le gris de Provence ça existe aussi.

Pour éviter l’eau ennemie je vais devoir écrire sous la cuisse,

ou sous ma casquette, sous mon bonnet.

Les moules minuscules s’attachent au bas des roches.

Je rêve d’un immense pont reliant les vivants qui ont déposé les armes

une bonne fois pour toute.

Je suis maintenant dans l’auto protectrice, lunettes en larmes de pluie.

Une chanson interprétée par Michel Simon en tête :

Le printemps sans amour c’est pas l’printemps…

il ne faut pas se fier au calendrier

                          avec une diérèse s’il vous plaît.

                                                  

CINQ ARCANES MAJEURS POUR NICOLAS DE STAËL





Sur la colline de gypse gris nous accrocherons les tableaux de ce gueux de siècle, ventre et jambes arrachés.  René Char

         Je n’irai pas chercher midi à quatorze heures. C’est un peu après dix heures de la nuit que l’on trouva son corps sans vie- comme on dit-, à l’aplomb d’une terrasse qui elle-même survolait la mer et les remparts d’un port scintillant de méditerranée. Le dur repos, peut-être, après des jours de térébenthine- trop forte, et de présence humaine- trop faible.

         Bouteilles, encres, couleurs pour toiles, pinceaux couchés ou dans le pot ; et après le succès marchand- disproportionné ?- le refus soudain de peindre comme il savait. Une façon de se brouiller avec soi-même et de ne laisser que des traces sans suite, posées à la diable, grises qui crient en silence. Des ratages dont il ne veut pas écrit-il à son marchand qu’il l’énerve avec ça.

         Mais laissons un instant sa spécialité artistique. Nous avons au moins croisés tout deux- lui le très grand bonhomme connu, moi le petit poète- disons ?- inconnu, les mêmes lames de ce fameux tarot de Marseille. D’Antibes, où donc on lui dénicha ce local pour peindre, Nicolas évoque trois arcanes majeurs qui peut-être lui permettront ce renouvellement continu  qu’il recherche. J’ajoute pour chacune quelques mots puisés dans un des jeux que j’ai écrit il y a vingt ans et qui dort dans une de mes réserves de textes sans éditeurs.

         J’ai trois cartes.

Le Diable.

                   …il cabre ses ailes bleues…ses ailes de chauve-souris,,,frappe le cymbalum des tentations …frappe la queue du chien,,,frappe le doigt de Dieu

                     et la Bête passe,,,nous laissant l’Oeuvre au noir,,,sans vitrines ni banderilles mondaines,,,

                     et nous jetons sa carte dans un geste qui fait penser au jeu de la mourre,,,

                       et de l’amour ?

l’Hermite.

                   …hermite au pied léger dans la tempête de tes sommes…dans la capuche de tes rêves,,, tu promènes les aurores boréales d’un harfang de l’arctique…bleus égratignés de vermeils…

la  Force.

         …comme cette femme maintenant de ses mains délicates,,,la gueule ouverte du lion…comme cette femme cherchant à libérer la bouche des vieilles ombres…comme cette Force qui nuit à nuit étrangle la fatalité de « l’Hydre  Univers(Victor Hugo)

         Et, croyait-il encore- en cet hiver qui serait son dernier – s’il produisait trop d’inattendu, les marchands d’art n’aimant pas ça, le Bateleur, parviendrait à rattraper le coup. Staël croyait sans doute au gobelet polaire sortant les dés du hazard- comme il l’orthographiait.

         Reprenons. C’est la fin. Dans la non-peinture des esquisses d’esquisses, il se déploie soudain et nous offre ses mouettes sans gouverne qui filent cependant le train à l’horizon, qui l’espace d’un suspens sont la mer grise et blanche.

         Et puis tout à coup, las des sourdités, c’est l’éclat du nu couché bleu qui lui revient, un corps de montagne et d’abandon ; et enfin, le concert : inachevé- comme il se doit – anticipant les nuits-jazz du cap proche de Juan-les-Pins, nous saisissant, une dernière fois, happés dans les soupirs et les silences d’un piano noir déployant ses partitions…

         Et nous voilà repris par une cinquième lame majeure du tarot, celle où l’on voit la tour d’où sont tombés deux acrobates…

         La MAISON-DIEU …tour déglinguée d’où s’échappent des bulles rouges,,, « pas du sang …du rouge » (Godard)

 Antibes- Les Martigues  13 14 août 2005