CES SIGNES UNIQUES ET GÉNÉREUX

l’un après l’autre ces signes uniques et généreux
Je me débrouille l'un après l'autre ces signes uniques et généreux
m'ont occupé une minute ou deux
vite vite 
d'eux d'elles
les œufs les ailes de ces oiseaux de passage
que je laisse le soin à mes lectrices et mes lecteurs
de libérer
ouvrez ouvrez la cage où l'alphabet vous tient prisonnier
de lieux communs en bouffissures
oubliez vous oubliez moi
sur cette plage et dans la mer indifférente
aux vaniteux

UNE VOIX UNE MULTIPLE SAVANTE ET INGÉNUE





UNE VOIX UNE MULTIPLE SAVANTE OU INGÉNUE





La tradition ne s’impose que si elle est nouvelle.

Les chants dans ma poitrine sont traversés par mille poèmes aimés.

Mais leurs rumeurs ne suffit pas, pour, d’un événement actuel, faire un poème nouveau.

Je suis le seul, même fragile et limité, à pouvoir assembler les fils ténus d’un discours singulier.

Une voix une, multiple et savante ou ingénue, qui disparaîtra, ou que l’on conservera,

pour la transformer indéfiniment.





J’ai médité au milieu des colonnes tronquées du temple d’Apollon à Delphes

J’ai dit le poème Masa de Cesar Vallejo en parcourant le labyrinthe à l’air libre de Macchu Pichu

L’Asie m’est inconnue et de l’Afrique je n’ai recueilli que quelques impressions dans le souk de Marrakech

Mais c’est ici dans mon hamac tissé par une amérindienne que mes voyages dignes d’intérêt s’accomplissent

J’y exerce mon art avec les oiseaux augures qui raient le ciel d’Azur

et les fourmis sur mes cuisses

J’y compose des vers qui sont autant d’énigmes

Toutes écrites en 7 lignes que l’on peut lire dans n’importe quel ordre

7 languettes séparées, allongeails, paperolles, qui évoquent les grands éléments qui gouvernent la terre et les cieux

Le temps s’y abolit comme dans un festival de poésie où l’on récite des poèmes 7 jours et 7 nuits

Puis vient l’énigme mortelle

Un enfant l’a portée sans s’en douter

Une question puérile qui trouble et tue le vieux poète

Comme nous tous il disparaît

Mais sa présence est immortalisée dans une œuvre mythique que l’on continue à lire et à citer*





*allusion à la mort mythique d'Homère Hom-êros : l'Ajointeur

ESQUISSES D’UN HOMMAGE





Le réel qui importe Se contente de l’esquisse De l’ébauche souriante

                                    André Ughetto





1

SON CORPS DE MOTS





Le poète a mis tout son cœur son corps de mots

épars sur les schistes Les doigts poisseux du bois

de pin L’aveu du sang La page d’une vierge

que l’on feuillette par hasard dans un recueil

dépenaillé Le poète ce fils de rien

les doigts encrés sur la présence agissante

de Phœnix fauve noir des poèmes premiers*





*var. derniers





Martigues 9 juin (ardente lyre) 2020





2





QUI SAIGNE SIGNE

le titre d’un livre d’André Ughetto

(Sud-Poésie Marseille 1990)





Qui signe saigne

C’est le signe du sens

et du non-sens

C’est le passage du Mat

sur la roselière

de nos rivières

La tienne la Sorgue

La mienne l’Arize

Qui saigne signe

Nos étranges morts

Phœnix en filigrane

Sur le papier qui frise…





(la suite manque)

Martigues 9 juin 2020





3





UNE VIE SOUS LE DON DE L’AMITIÉ





Le plus court chemin de soi à soi passe par autrui.

                              Paul Ricœur





Écrites à nos mains, comment distinguer

dans nos écrits sur soi,

ce par quoi nous sommes faits

et ce qui nous défait ?





Le rouge est mis sur nos biographies

Toi André tu les dédies à Daniel, Yves,

Jean-Jacques (c’est un autre)

Marie-Christine (pas celle de Nougaro),

Anne-Marie, Christiane, et jusqu’à cette Sybille

qui finit cigale à Cumes.





Que de passes, passages peints,

comme écrivait Michel de Montaigne,

le seul ami que nous avons en commun.





Tes instants de vie bien à toi,

passent dans les fleurs, qui s’arrondissent en fruits

sur une toile de Madame Jaccottet.

Devant le tableau d’un autre,

tu fais état d’une joie « d’inconnaissance pure ».

Ce qu’un autre, en présence du jaillissement

des maîtres poètes-calligraphes de la Chine ancienne,

nomme « éloge de la confusion ».





Tu nais et renais, des images glanées dans un aéroport,

sur des ailes de papillons, mosaïques et jardins imparfaits.

Tu nais dans l’orchestra d’un théâtre antique,

arpentant les gradins, les travées d’une « une foule jeune »,

une folle messe de rôles échangés,

sur les scènes plantées à l’Isle sur la Sorgue,

ou à Ludlow, Shronshire.





(Ça je le recopie d’une de tes pages, bêtement,

comme si j’étais l’idiot de Shakespeare,

sans qui le Roi n’existe pas.)





Assembleur, assembler depuis les « pupilles du crime »,

jusqu’au « rapt de Proserpine »,

des chars du sinistre occupant, fuyant Charleval,

au vélo de Tati tournant ces « Jours de Fête ».

Assembleur, assembler « quercis suber » avec « Kether »

au sommet de « l’arbre séphirotique ».





J’en dis pas plus et je m’efface, invitant tout lecteur

et lectrice qui t’ignorent encore, à plonger sans retenue,

dans l’ouvrage qui vient de paraître,

« de temps en temps bien admirer est hygiénique ».





Martigues 10/06/2020 3 poèmes « en cours »





*André Ughetto (Le Nouvel ATHANOR)

Collection « POÈTES TROP EFFACÉS »

 » le luxe c’est d’avoir quelquefois sur l’épaule un perroquet »