POUR LE LECTEUR DE L’AUTRE RIVE

11 | juillet | 2011 | POÉSIE MODE D’EMPLOI

VA-ET-VIENT DES POÈMES (la bouteille à la mer)

On l’entend sans la voir   ma bouteille à la mer

Un peu de souffle   un peu de chant   beaucoup de temps

Source des nuits   qui la remplit   d’une eau discrète

On la voit sans l’entendre   fiasque fiole fillette

Ailes de papillons   vertiges de mouettes

Je les confie au vent   à la joie qui sécrète

ce miel secret   pour le lecteur   de l’autre rive

de la pièce   du souci   du murmure intérieur

Va-et-vient des poèmes mystérieux   et sans haine

MONOLOGUANT JE DIALOGUE

Monologuant je dialogue

Dans le fournaise de l’esprit

-L’instant engendre-t-il la forme ?

-La forme nous fait-elle voir le temps ?

*

Je dialogue avec le Songe

-Que reste-t-il de nos amours ?

-Il est resté comme un abîme

Entre ma vie et le bonheur*

*Nerval

*

Je dialogue avec mon double

Qui se fragmente chaque nuit

-Mais quel est ton mot de passe ?

-La Recherche du « comment vivre »

*

Je dialogue a volo avec le temps perdu

-Mais comment t’appelles-tu ?

-René.e Renaissance

*

Je dialogue avec ce chat mort et vivant créé par ce physicien farceur

dont j’ai oublié le nom

-C’est ta contribution à la relativité généralisée je suppose ?

-Oui c’est l’esprit même de mes poèmes qu’on ne sait sur quel pied danser.

*

Je mets en dialogue le texte et le sous-texte

-Tu penses à quoi mon cœur ?

-À l’impensé ma belle !

*

Je dialogue avec mes toiles peintes d’acryliques et d’encres projetées

-C’est un art expressionniste non ?

-Oui, mais ce n’est peut-être qu’une impression soleil levant.

*

Je fais dialoguer la chouette de Minerve et le hibou baudelairien

-Et ça donne quoi ?

-Des plumes éparpillées au matin sur mon oreiller.

*

Je dialogue avec tous ces textes de papier que je lis sans cesse

et relie au palimpseste des pièces perdues ou inachevées

TOUTES LES FEMMES SONT TEINTES DU SANG DES ROSES

09 | juillet | 2017 | POÉSIE MODE D’EMPLOI

Écoute N’écris pas

Écoute Beethoven Thelonius Monk

Les gymnopédies d’Erik Satie et Ravel

La lettre à Élise plagiat anticipé de Frédéric Chopin rondo poco moto

Bagatelle en la mineur

Autour de minuit Round midnight

Autour de l’heure où l’Indécis au Précis se joint*

Exerce tes doigts gymnopèdes

avec les gnossiennes qui troublent ta mémoire

et l’oubli impossible de ton infante défunte

Toutes les femmes sont teintes du sang des roses**

*

*Verlaine **Hugo

PAGE BLANCHE SUR ISLA NEGRA

09 | juillet | 2012 | POÉSIE MODE D’EMPLOI

PAGE BLANCHE SUR L’ÎLE NOIRE

He dormido contigo toda la noche Mientras la oscura tierra gira con vivos y con muertos

Ni la noche ni el sueño pudieron separarnos

Pablo Neruda

*

J’ai dormi cette nuit

Sur la plage blanche

assis en croupe

sur la voie lactée

*

J’ai dormi dans un zodiaque

parti de Valparaiso

pour faire le tour

d’Isla Negra

*

« J’ai dormi avec toi toute la nuit Pendant que tourne l’obscure terre des vivants et des morts Ni la nuit ni les rêves ne purent nous séparer »

*

J’ai dormi murmurant ces trois vers du chant général de l’univers

pour le repos des amoureuses et des chers disparus

dans leur dernier ahan

LE MONDE ET SES REFLETS

09 | juillet | 2008 | POÉSIE MODE D’EMPLOI

LE MONDE ET SES REFLETS

L’abricotier n’en peut plus

ses branches frôlent l’herbe   tant les fruits se sont multipliés

Les maçons d’à côté rehaussent la maison

Et la tortue commence ses pérégrinations

Elle va vers la page où veloutent les feuilles les fleurs et les tomates

vertes encore comme des billes ou ce bon cœur des Amérindiens

avant que l’Espagnol ne vienne le pourrir…

 Et puis Soleil trop chaud m’empêche de développer

    le monde et ses reflets