VOYAGE EN INSOMNIE

Voyage en Insomnie
Dans le labyrinthe
Des rêves idiots
Comme la rive d'une mer
Envahie dans la nuit
Par des statues de sel

Voyage en Insomnie
Dans le mitan du lit
La rivière est profonde
La Belle que voici
Ma mouette plaintive
Y prolonge sa ronde

Voyage en Insomnie
Rêves nous imaginent
De toutes parts déchirés
Eurydice et Orphée
Qui patiemment recoud
Ton livre de sable insensé

Voyage en Insomnie
Mes pensées dans la nasse
Font les quatre cents coups
Les quatre sans cous
Chante Robert le Diable
Dans le château de Fantômas

Voyage en Insomnie
Mon royaume pour un cheval
Ma cabane au Canada
Dans le parc de Mauricie
Et les dormeurs du val
Étendus en chien de fusil

Le voyage se termine
Le rêveur éveillé
Épluche ses images de papier
Il les broie en confettis

Secouez lecteurs silencieux
Le grand kaléidoscope
Peut-être y verrez-vous
Votre ultime portrait










MONOLOGUANT JE DIALOGUE





Monologuant je dialogue

Dans le fournaise de l’esprit

-L’instant engendre-t-il la forme ?

-La forme nous fait-elle voir le temps ?





Je dialogue avec le Songe

-Que reste-t-il de nos amours ?

Il est resté comme un abîme

Entre ma vie et le bonheur*

*Nerval





Je dialogue avec mon double

Qui se fragmente chaque nuit

-Mais quel est ton mot de passe ?

-Recherche du « Comment vivre »





Je dialogue a volo avec le temps perdu

-Mais comment t’appelles-tu ?

-René.e Renaissance





Je dialogue avec ce chat mort et vivant

créé par ce physicien farceur

dont j’ai oublié le nom

-C’est ta contribution à la relativité généralisée

je suppose ?

-Oui c’est l’esprit même de mes poèmes

qu’on ne sait sur quel pied danser.





Je mets en dialogue le texte et le sous-texte

-Tu penses à quoi mon cœur ?

-À l’impensé ma belle !





Je dialogue avec mes toiles peintes d’acryliques

et d’encres projetées

-C’est un art expressionniste non ?

-Oui, mais ce n’est peut-être qu’une

impression soleil levant.





Je fais dialoguer la chouette de Minerve

et le hibou baudelairien

-Et ça donne quoi ?

-Des plumes éparpillées au matin

sur mon oreiller.





Je dialogue avec tous ces textes de papier

que je lis sans cesse

et relie au palimpseste

des pièces perdues ou inachevées