POUR LE PLAISIR DE L’INÉDIT





Ici il n’y a que poèmes inédits

Chaque jour est ballade

Comme un poisson d’avril





Ici gentillesse et noblesse

grattent le palimpseste :

aise, soulas, druz, lyesse,

loin des vieulx corbeaus aigris.





Ici où présents sont

ces mots accordés

sans me vanter





Il faudrait souvent réécrire ses inédits

Faisant silence comme chemins

Que l’on ne trouve qu’ inattendus





Mais l’autre voix* elle est ainsi

Qui s’ajoute et nous ajoute…





Et à chacun de rectifier !









*la voz otra : à certains moments, longs ou brefs, répétés ou isolés,

tous les poètes qui le sont vraiment entendent l’autre voix.

Elle est étrangère et c’est la leur, elle est à tous et à personne.

Octavio Paz (La otra voz ) 1990

L’ENTRÉE DU PETIT BOIS DE PIN

23/03/2020
midi




Il n’y a personne

À l’entrée du petit bois de pin





Ni le héros de l’Odyssée

Ni Ponge l’antipoète 





Il y a ce promeneur solitaire

Qui prose ces quelques vers





En regardant les aiguilles

Danser au vent léger 





ne passez pas vite
cher.es lecteur.trice.s
ne vous trissez pas
profitez de la grève générale
pour redonner à l’imaginaire
sa réalité

L’ÉCRIVAIN ET LA FEUILLE DE VIGNE





Le Petit Robert ignore le sens

mais non le Robert Historique





On lit sur le dictionnaire des mots rares et précieux

cette définition d’un écrivain :

nom vulgaire d’un insecte coléoptère

du genre eumolpe

Il s’attaque aux filtres à café

et y dessine des sortes de caractères

(voir la photo de l’original ci-dessous)





Mais les filtres à café sont en réalité des feuilles de vigne

Les écrivains si l’on en croit un des plus prolixes de la profession

Boivent des tonnes de café pour noircir leurs feuilles de signes





Quant à la feuille de vigne

Celui qui écrit cette phrase

Ne la tient ni d’Eve ni d’Adam

Mais d’un chanteur poète facétieux

qui en recouvrit la belle enfant

qui se baignait toute nue

et qu’une saute de vent soudaine

avait privé de ses habits





caractères
d’un écrivain
sur feuilles
destinées
à filtrer
le café

PRÉVERT FOR EVER





Encore Prévert

                                                                      C’est pas sérieux            

Pour un septa

Aux cheveux blancs

Paroles Paroles

Gai comme ses pieds

Bête comme un pinson





Encore Jacquot

Chasse à l’enfant

Bandit ! Voyou !

Grand chenapan !

Et tous galopent

Après lui

Et tous oublient

L’enfance de l’art

La comédie





Les dédicaces

À Jacques Laurel

Prévert Hardy

Marianne Oswald

Et à tous ces Intellectuels

Qu’il ne faut pas laisser

Jouer avec des allumettes





Mais Prévert ce matin

C’est pour toi mon amour

Que j’ai souvent amené

Au quai aux fleurs

Des poèmes et des poésies

Que l’on dit l’un l’autre

Dans la pluie la grêle

Et parfois le beau temps





Pour toi mon amour

Et nos chansons dans le sang

Le bon et le mauvais

Qui pour ta fin

A mal tourné





Je relis Prévert

Qui est mort à 77 ans

En 1977

Juste le jour

Où nous nous sommes rencontrés





Quel jour sommes-nous

Nous sommes tous les jours

Mon aimée

Nous sommes toutes les nuits

Où nous continuons à nous aimer

Bien après notre vie

Bien après notre mort

Quand des inconnu.e.s

Picorent encor nos pages d’écriture

Comme des oiseaux-lyres

D’un siècle sur l’autre





Prévert for ever

Réel et surréel

Terrifiant et marrant

Nocturne et diurne

Solite et insolite

Beau comme tout