Poème en germe
il suffit d'une page blanche
et de faire mouvement
avec les mots qui vont surgir
du sens et du non-sens
Poème écrit
sur l'ardoise des nuits
dans le va-et-vient
de la main qui trace
présences et absences
Confronté à cet espace imaginaire
où voyagent
ceux qui cherchent
leurs passages secrets
dans les sons des voix autres
et l'aura des poèmes réinventés
LA SAINTE VICTOIRE (impromptu)

Martigues plage de Ferrières
devant l’étang de Berre
7/09/2019
17h21
La Sainte Victoire
Pas le tableau
La vraie !
Enfin la vraie?
Façon de parler
Elle est là
à 25 kilomètres
à vol d’oiseau
animal bossu
au repos
Celui qui écrit
est face à elle
de l’autre côté
de l’étang de Berre
Il observe « la Sainte »
depuis une heure
et tout à l’heure
un petit nuage
est venu s’accrocher
à son flanc sud
Sur l’étang secoué par le mistral
il y a des goélands qui flottent
Voilà le tableau
la suite au prochain numéro
SANS REPOS
Et lentement nous quittent toutes les choses terrestres
Succession des saisons du Corps et de l’Esprit
Aucune nostalgie ni fuite dans la fausse poésie
Mais le rythme de ces quelques lignes écrites
En retrait des tumultes du monde
Le crayon sur la page
Dans le hamac ouvert
Auprès du mimosa
Et de la haie de laurier
Donnant ses derniers roses
Un jeu à quatre mains
Où les pensées sauvages
Vont et s’échangent
Sans barguigner
Ce qui est commencé par l’un
Est continué par l’autre
Sans repos*
* Roland Barthes (l’Empire des sens)
MUSIQUES SUR L’ARC DE L’ESPACE-TEMPS
MUSIQUES SUR L’ARC DE L’ESPACE-TEMPS
en vers décasyllabes qui rebiquent
À certains moments, longs ou brefs, répétés ou isolés, tous les poètes qui le sont vraiment entendent l’autre voix. Elle est étrangère et c’est la leur, elle est à tous et à personne.
Octavio Paz
Les promesses de l’aube : le soleil
est un ballon l’ancre est une ficelle
venue d’un trait de plume. Ma sœur femme
100 têtes* s’entête et fait les yeux ronds
aux lettres qui sont le sel de nos vies
Œil attrayant œil arresté** Mon œil
s’oublie et s’enroule autour de la barque
du pêcheur d’étoiles À la croisée
des voies à six voix et viole de gambe.
La mer, l’aile falquée d’une mouette,
les traits de Braque et du pauvre Ni
Colas sautant du toit-terrasse d’Antibes.
D’oc et d’ocres, de violet et de noir,
les notes s’égrènent et s’engrainent, l’espace
accordé au désir d’éternité.
Là-bas l’improbable et l’insaisissable.
Blablablabla, petit carré de terre
où l’on sème ses graphes et ses griffes.
Une aile un rire une passerelle
dans l’arche où chaque voix tresse une corde
nouvelle à son arc. Collages, ramages,
En marge : Où est l’oiseau ? Où est la
femme ? Où est la main des roselières ?
Et le cri de l’oiseau-lyre : Plus loin
Toujours plus loin ! Sous le buvard des cendres –
douleurs, souffrances, noirceurs -, il y a
le miel du poème. Chant général :
mientras la oscura tierra gira
con vivos y muertos. *** Et bien d’autres
musiques sur l’arc de l’espace-temps.
*Max Ernst ** Saint Gelais *** Pablo Neruda
« pendant que la terre obscure tourne
avec les vivants et les morts »
Martigues septembre 2013
UN GRAND GROS LIVRE

Un grand gros livre dressé sur mon bas-ventre mes cuisses et mes genoux : stimuler les cinq sens lis-je.
Les cinq sens d’un même mot par exemple.
Reconnaissance du paradis, le jardin clos des persans qu’ils nommaient paridaisa.
Jadis, naguère, je le nommais de mille manières en 4 recueils* pour 4 lecteurs, comme l’on dit des chats.
Un gros grand livre et ses trésors de labyrinthe en utopie, inépuisables allégories comme une partition musicale aléatoire et combinatoire, comme un tableau monotype ou la non-figuration nous emporte dans les sous-bois des pré-textes, sous-textes, hors-textes.
Hasards en lutte avec Harmonie.
Un gros grand livre sur et dans ma tête en vision simultanée, réduit maintenant à cet exercice dérisoire, ridicule, atypique, écrit sur une feuille de filtre à café, mais « suffisamment pour ouvrir les yeux », à ceux et celles qui aiment le désordre des signes en rotation, qui creusent labyrinthes, jardins, éphémères paradis.
* « Présents de Paradis », « Éphémère Paradis » « Lector in Paraiso », « Petites feuilles de Paradis »
Encres Vives (collection Encres Blanches)
Jean Jacques Dorio