SE DÉTACHER DE SES FEUILLETS D’ÉCRITURE

  
Je vois à l’instant une feuille puis l’autre, jaune comme or,
se détacher du magnifique abricotier,
dont nous savourâmes les magnifiques culs d’anges cet été,
et qui laissera dans quelques jours ses branches nues.
Jusqu’au printemps futur.
 
 
05/12/2019
16 h 09
COMPLÉMENT AUX FEUILLES D'ABRICOTIER
 

TU AURAIS DÛ ÊTRE POÈTE FLAUBERT
 
 
Dans notre jardin de Provence, nous avons eu des abricots, à foison,  cette année,
contrairement à  monsieur Flaubert, de Rouen il est vrai, qui à l’article
ABRICOT écrit :
Nous n’en aurons pas encore cette année.
 
Ainsi l’oncle Gustave faute de savourer ces culs d’ange orangés,
poussait, autant qu’il le pouvait, sa voix dans son gueuloir littéraire
ou dans ses lettres débridées à Louise Colet à George Sand
mais aussi
aux forçats aux catins et aux chiens
 
Tu aurais dû être poète Flaubert
Tu aurais eu moins le souci
de tes phrases
de la force interne de ton style
et de la gloire, du brillant, de l’illustre,
qui est, nous dit le dictionnaire,
dans ton nom.
 
C’est vrai que des poèmes
on ne fait qu’une bouchée
mordant ici et franchement
comme le savait Ponge
en pleine réalité
accueillante et fraîche.
 
Martigues 13 juin 2012

POÈMES RESTÉS AU SECRET

 

Sans doute la persévérance d’une voix est-elle l’unique vraie justification de la poésie.
[…]
Tout ce que la poésie peut faire, et seulement quand les étoiles sont bienveillantes,
c’est prêter des mots à nos questions, se faire l’écho de nos souffrances,
nous aider à nous souvenir des morts, mettre un nom sur les œuvres du mal,
nous apprendre à réfléchir aux actes de vengeance et de châtiment,
et aussi de bonté, même quand la beauté n’est plus là.
 
Alberto Manguel
 
 
les poèmes glissent dans le gouffre des nuits
les poèmes butent contre les portes des rêves inachevés
les poètes meurent dans un dernier mot resté au secret
 
les poèmes affrontent les fleuves intranquilles
les poèmes surgissent des voix chères qui se sont tues*
les poètes se tuent à dire l’indicible
 
*Verlaine
 
les poèmes travaillent le corps perdu des métaphores
les poèmes césurent riment et apocopent
les poètes balbutient un dernier vers d’azur
 
 
 
 
 

POÈME ÉCRIT À RECULONS

 

des lignes manquent
tu ne sais plus lesquelles
tu as perdu leurs mots
les simples vocables
et leurs précieux sésames
ceux qu’aucun sms
n’affiche
 
des lignes manquent
si on te demande pourquoi
tu donneras le change
la pluie sur les feuillets
les phrases écrites par un mauvais crayon
sur du papier cigarette
 
 
des lignes manquent
emportées par les serres
d’un éditeur rapace
rayées d’un trait de plume
dans une crise de vers*
 
*Mallarmé
 
des lignes manquent
la liste est longue :
leçons de choses
pisses de chats
poèmes écrits à reculons
entre deux sonnets
deux canons
 
des lignes manquent
des eaux dormantes
des fils de trames
des drames oubliés
 
des lignes manquent
des noms de dédicataires
effacés sur leurs tombes
au cimetière
 
des lignes manquent
les plus belles assurément
de ce poème finissant
ces mots de rien
d’un ruminant
 
 *
 lignes de forces...et de faiblesses...
ruminations d'un questionnement...
il faudrait qu'un.e autre poursuive et développe...
tout ça...

 

LETTRES À LA NUIT NOIRE

  
Je vais voir ailleurs si j’y suis
C’est le parcours obligé de tout poème
 
Je vais voir le champ de marguerites
Où repose Suzanne ma mère
 
Je vais suivre le sillon que mon père
Destine au blé au maïs à la luzerne
 
Il est tard c’est la nuit noire
C’est ainsi que j’écris le mieux
 
L’œil distingue parmi mes notes orphelines
Des lettres dont vous n’avez aucune idée
 
Mais si vous les lisez étonné.e.s
Ailleurs sur le pas de votre porte
Ou à votre fenêtre éclairée
 
Ne me laissez pas sans nouvelles

CE QUE C’EST TOUT DE MÊME QUE DE NOUS

  
Suggestion :
pour jouir de ce petit texte et résoudre son énigme
n’utilisez pas le bréviaire de Saint Google svp
 
Ce que c’est tout de même que de nous
Je recopie au milieu de la nuit le premier décasyllabe
qui me vient en tête
laissant au lecteur le soin d’en retrouver l’auteur
Ce que c’est tout de même qu’enfanter des suites de mots
que l’on couche sans réfléchir sur le papier
Ça vous saisit comme un rêve éveillé
nous dit le premier psychanalyste venu
On laisse aller la main qui écrit
et qui permet à l’esprit de battre la campagne
Notez bien que je n’ai pas écrit « battre la compagne »
Cette comparaison m’aurait valu peut-être les tribunaux
Mais plus assurément "la fessée"
 
 
 
nb vérification faite l'auteur de la chanson a écrit
Mon Dieu ce que c'est tout de même que de nous
"La fessée" en effet se décline en alexandrins