ET LA FÊTE CONTINUE !





Ceux qui pieusement…

Ceux qui copieusement…

Ceux qui croient…

Ceux qui croient croire…

Ceux qui ont des plumes…

Ceux qui flottent et ne sombrent pas…

Jacques Prévert





Le beau temps est revenu

Mais tous les gens se terrent

Rue d’Rivoli Boulevard Haussmann

Il n’y a personne courant les rues





À la campagne c’est bien pis

Les blancs moutons

Bergers bergères

N’ont plus droit

À la prairie

Adieux gambades

Le cœur en fête

Tous aux abris !





Y a quelque chose de pourri

La maladie occupe l’espace

On compte les morts du Corona

C’est le virus qui provoque tout ça

Le méchant le salaud

Qui passe de peau à peau





Mais on l’aura c’est promis
Si chacun reste chez soi
Confiné mais pas con fini
Pourvu que dans son jardin
Des lettres et des mots
Il échange vers à vers
Les poèmes joyeux
De Queneau ou d’Prévert








le titre a été piqué à Prévert
mais tout lecteur qui sait
faire la fête aux mots 
les plus simples
s'en était douté

ALBARICOQUE





C’est un arbre que j’ai planté

cinq ans avant la fin du siècle dernier





Cette année encore

si j’en juge par ses fleurs

il fera ses fruits dorés

comme le cul des anges





Je lui parle ce 18 mars 2020

depuis mon hamac

qu’il soutient côté pied

(côté tête c’est un amandier)





Je lui lis le titre du journal

La France vit un confinement historique

C’est peut-être bien cruel

Mais ça nous fait rire un peu





SUR LE MOTIF

SOYEZ INDULGENT









Soyez indulgent

envers le poète

des Métamorphoses

exilé de force

près de la Mer Noire





Soyez indulgent

envers le poète

qui fit des ballades

sous les arbres

où se balançaient

des pendus





Soyez indulgent

envers le poète

effaré

qui inventa une

cinquième saison

pour les mômes

affamés

leurs culs en rond





Soyez indulgent

envers le poète

lisboète

qui signa de cinq noms

son œuvre impersonnelle





Soyez indulgent

envers le poète

qui épuisa sa police

politique

puis se tira une balle

en plein cœur

(ou peut-être

dans sa tête)





Soyez indulgent

envers le poète

ci-devant

qui passa sa nuit

dernière

à consoler

sa jeune captive

la tête sous la guillotine





Soyez indulgent

envers le poète

qui écrivit ses lignes

tout un dimanche

de sa vie

répétitivement


	

IL Y A L’HOMME





il y a l’homme industrieux

il y a l’homme diplodocus

il y a l’homme qui a des puces

il y a l’homme de Marennes et d’Oléron

il y a l’homme du Devon et du Connemara

il y a l’homme de Prévert qui déconne à plein tube*

il y a l’homme polymorphe pervers

il y a l’homme d’Ajar Gary qui se suicide

il y a l’homme scorpion « comme le scorpion mon frère »**

il y a l’homme tigre du Bengale qui se prend pour Borges

il y a l’homme mère des jeux de l’enfance et des arts

il y a l’homme squelette qui joue de l’hélicon

il y a l’homme Boris Vian avec sa trompinette

il y a l’homme qui conduit sa loco comme une bête

il y a l’homme Charlot sa canne et son chapeau

et la petite Paulette Goddard avec qui i s’barre***





* « Quand je serai mort, ils n’ont pas fini de déconner. Ils me connaîtront mieux que moi-même. »

Jacques Prévert

** « Comme le scorpion mon frère Tu es comme le scorpion » 

Nazim Hikmet

*** « C’est la dernière image du film Les Temps Modernes Charlie Chaplin Avec la p’tit’ Paulette Goddard
Main dans la main Ils se barrent Le vagabond, sa vagabonde Leur amour pour conquérir le monde »

Claude Nougaro