TABLEAU FAIT PAR LE CIEL

 


 
Hua tu ran tian
« Tableau fait par le ciel »
lit-on  sur une porte
qui donne sur la montagne
 
C’est au Tibet
indique la narratrice*
voyageuse qui multiplie
les anecdotes et les descriptions
flottant au rythme des textes sacrés
qui entourent les maisons de pierre des tibétains
 
Mes textes sacrés
sont ces poèmes que je lis
et relie sans cesse aux rythmes
cosmiques aux comédies du jour
aux tragédies de toujours
 
à la graminée qui se balance
dans mon jardin d’été
et que je vais à ma manière
calligraphier
pour rompre enfin
ce grain à grain de mots

Fabienne Verdier "Passagère du silence"

assis devant une graminée de mon jardin
jdorio
24 08 2019
à midi

SIGNIFICATIONS D’UN ARBRE


filtre à café 2



SIGNIFICATIONS D’UN ARBRE
 
de l’arbre et des neurones du cortex de l’arbre transfert aérien de notre for intérieur voici des fruits des fleurs des feuilles et des branches Verlaine de l’arbre qui irrigue les carnets et les cahiers où certains peintres et  poètes essaient de prendre le recul nécessaire sur leurs pratiques de l’arbre de citations de l’arbre qui cache la forêt des symboles de l’arbre composé par les mille et un contes de la nuit contes de survie contes de défi est-il encore debout le chêne ou le sapin de mon cercueil Brassens de l’arbre apparent sur la langue tiré par monsieur Einstein de l’arbre mort de mon jardin un cerisier dont j’ai conservé le tronc et les fourches pour m’y asseoir et converser avec mes livres imaginaires qui tels l’oracle de Delphes ne révèlent pas ne cherchent pas mais signifient de l’arbre du signifiant en ces chaos inattendus cahin caha couçi couça de l’arbre de la barque de Francis Ponge de l’arbre des contes populaires du petit poucet et du baron perché de l’arbre sans pourquoi ni comment figurant nos autoportraits de l’arbre qui s’efface et fuit la terre en feu déploie ses racines dans le sol jaune de nos amours contrariées
 






LE TEMPS TE DÉVISAGE

 

le poète est allé cueillir des simples
mais la brume est épaisse
je ne peux vous dire où il se trouve au juste*
 
*Ji Dao (779-843) époque Tang
traduit par J.F. Billeter
 
le temps te dévisage
tu dévisages le temps
sans visa sans visage
 
le temps te dévisage
tu ne sais ce qu’il cherche
braise ou cendre
 
le temps te dévisage
tu as peut-être déjà quitté
ce monde
mais il semble l’ignorer
 
le temps te dévisage
les visages sont à tous
les miroirs à personne
 
le temps te dévisage
tu l’étreins tu éteins
sa flamme trop vorace
 
le temps te dévisage
par des sentes perdues
voyageur interdit
sans cesse tu dérobes
 
le temps te dévisage
tu as perdu la mémoire
des poésies rangées
dans les bibliothèques
 
le temps te dévisage
une femme qui parle ta langue
revient de son exil
et t’entraîne vers d’autres rivages
 
 

CRISTALLISATION


filtre à café 1



C’est la première fois que j’écris sur un filtre à café brun marron
Ça m’oblige à faire des lignes courbes et d’imaginer des mots à la place
des grains de café réduits en poudre :
Et nous les os devenons cendre et poudre. François Villon.
Recopier des vers anciens que j’ai en tête et qui viennent au hasard de mes rêveries,
m’irriguer de leurs sens toujours renouvelés.
La main écrit, s’arrête, reprend, parle, se tait,
se répète, file la métaphore,
nous conduit au-delà de ce que nous sommes et nous ne sommes pas.
 
Labyrinthe, parcours labyrinthique,
à tâtons, j’avance et je me heurte, j’interprète, je me trompe
ou je réussis, le bel hasard me guide, ou me trahit.
 
Traité des Tropes de Du Marsais, pour y voir plus clair
ou trébucher – tropezar – dit-on en Espagne.
Le tout est de se relever. Relever ses filets de voix
et de manières de dire.
Arborescences, buissonnements,
puis, ce rameau d’arbre effeuillé l’hiver,
par la mort de sa compagne,
et qui par l’opération
de l’écrit
devient cristallisation
chère à l’amour stendhalien.