J’ÉCRIS opus 11





J’écris en m’aidant d’une corde reliée à mes origines
...toujours à venir

J’écris avec le cordon qui relie les enfants d’une sortie pédagogique

J’écris depuis un temps zéro
Passé néant
Futur inexistant

J’écris sur le pont d’un navire
Où peu de voyageurs écrivent le français

J’écris pour une répétition générale
Qui laisse la place à des variations
Indiquées à tel et tel endroit 
Comme le fait Phil Glass sur ses partitions

J’écris l’endroit et l’envers d’un décor
Qui s’estompe dans la brume de mon inconscient

J’écris sans faire d’histoire,
de contingence, de survivance,
de désir de faire briller mon étoile
dans la constellation des rêveurs éveillés

J’écris attentif à reprendre certains termes de vieille coutume
dont le lecteur inattentif ne mesure pas toujours l’arrière plan historique

J’écris malgré les plaies et les bosses,
les boss qui fanfaronnent
devant les peuples de la Grande Garabagne
imaginés par Henri Michaux

J’écris fuyant les genres littéraires
et le sommeil cousu de fil blanc

J’écris avec la terre et l’eau
les courants en feu
le naturel qui plonge le corps humain
dans un apprentissage sans fin

J’écris par Jupiter ! par Confucius !
par Nobles Messieurs et Gentes Dames
Chers et Chères amies

J’écris Tao Tao

J’écris sur le temps qui n’existe pas
selon le cours dicté par Norbert Elias
alors qu’il entrait dans le royaume borgésien
des non-voyant 

J’écris en refusant de me laisser prendre aux mots

J’écris Arrêt en cours
en perdant le mélange de toutes ces choses
que je viens d’écrire 

J’écris pour me désencombrer l’esprit











POÉSIES ENFANTINES





J’ai tendu une corde de clocher en clocher,

et je danse.

Mon maître d’école avait inscrit la phrase

sur une banderole

qui flottait sur nos têtes.





Moi, quand je fus instituteur,

je remplaçai le danseur de corde

par Moi dans l’arbre





T’es fou tire pas !

C’est pas des corbeaux

C’est mes souliers

Je dors parfois dans les arbres





Ha!ha! On en a fait des lectures et des variations

sur ce dormeur dans son arbre





Comme « le paresseux » accroché au palmier,

au milieu d’une cour d’école de Caracas

où j’enseignais le français à de jeunes enfants.





Des infantes plutôt, des fillettes à l’esprit vif et sautillant.

-Profé ! profé ! comment dit-on « pereza » en français ?

– On dit « paresseux ».





Dame souris trotte Rose dans les rayons bleus

Dame souris trotte : debout paresseux !





italiques : vous devriez trouver le duo, première et dernière citation,

poètes majeurs, comme on dit, de notre panthéon poétique.

Quant à « Moi dans l’arbre ! »,

chapeau ! si vous connaissez son auteur

profond et facétieux.