MON PETIT-FILS ET LE CORONA





Mon petit-fils veut s’amuser

JJ i m’dit on cache-cache ?

On fait bagarre ? On joue au foute ?

Mon petit-fils veut que l’on fasse

Combat du rire nez à nez





Mais je peux pas papy est vieux

I veut pas attraper l’corona





Alors on joue par écrans interposés

On fait les pitres

On imite les singes et les oiseaux

Chant de la pie Roupie de sansonnet





À la guerre comme à la guerre

Mais on se languit que revienne la paix

LES CHAMANES ET LE CORONA

LES CHAMANES ET LE CORONA

ON AURA TOUT ESSAYÉ





Quand je mourrai, puissé-je en plein travail partir !

                                               Ovide Amores





Je veux qu’on agisse, et qu’on allonge les offices de la vie tant qu’on peut, et que la mort me trouve plantant mes choux, mais nonchalant d’elle, et encore plus de mon jardin imparfait.

Michel de Montaigne





Les chamanes –hommes et femmes- contrairement à ce que croient ceux et celles qui ne les ont jamais croisés- savent des choses qui marchent ou qui ne marchent pas C’est à ça qu’on les reconnaît Devant la maladie les docteur.e.s de l’âme vont tout faire après avoir pris leurs informations dans le Monde Autre en agitant leur hochet en se faisant insuffler du peyotl qu’ils dégueulent tripes et boyaux Ils attendent le flash ils appellent tel ou tel dieu de leur panthéon naturel pour savoir quoi faire Mais les dieux i viennent ou i viennent pas C’est comme dans la crise du corona leur 15 est encombré Alors quand même sans message des Esprits de la forêt le chamane tente un dernier coup sa bouche fait entendre une vieille comptine où l’on plante les choux où l’on plume l’alouette c’est selon Et si leur malade meurt quand même son âme évanouie ils peuvent dire à l’assemblée qui se lamente vraiment mes frères de miel et mes sœurs de cendres on aura tout essayé


	

LE CORONA DU CORPS HONNI





Le corona pour moi

Ça change rien de rien

Il y a longtemps que j’vis

Ma retraite en retrait

Depuis que le cancer

A tué ma moitié





Le corona pour moi

C’est du pipi de chat

Sur du rhododendron

Un caillou sans cervelle

Du boudin sans son sang

La charrue de mon père

Tranchant les courtilières





Le corona du corps honni

J’m’en lave les mains
Même si je meurs demain

J’aurai bien ri

Du corona

Du corps honni


	

POÈMES EN QUARANTAINE





Le président a dit

qu’à partir de la septentaine

il faut rester chez soi

en attendant que passe

ce truc méchant virus

appelé Corona





Il a pas précisé

ce qu’on y fait

chez soi





on y fait sa soupe ? son journal de bord ?

ses pleurs à fendre l’âme ?

ses pitreries de claoun ?

ses lectures qui font proust ?

sa sycanalyse de la cave au grenier ?

sa partie de poker sur le tapis des mo®ts ?





confidence pour confidence

épidémie ou pas

moi la quarantaine

ça m’va





je vais faire des poèmes

que personne ne lira


	

CE CORONA QUI N’EN FINIT PAS





Depuis quatre jours je ne peux plus lire,
je ne peux plus lire sans ressentir 
une couronne à la tête.
Henri Michaux
Face à ce qui se dérobe




L’Italie est en quarantaine

C’est l’corona qui n’en finit pas

Plus de pape à la fenêtre

Plus d’hosties pour les mammas

L’Italie est en quarantaine





En France les gardiens de musée

Ont mis un masque à la Joconde

Plus de bisous ni de baisemains

Le funeste virus met à mal

Les Gaulois et les Cartésiens





Il faudrait faire le tour du monde

Suivre l’ombre envahissante de la maladie
Puis revenir en Chine

Où naquit l’épidémie





Mais tous ces maux verbaux

M’enrhument

Et je laisse au docte Salomon

La suite