J’ÉCRIS TROP J’IMAGINE

J’ÉCRIS TROP J’IMAGINE à dada sur mon papier
J’écris à propos de tout et de rien
J’écris du vent dans les branches de sassafras 1
J’écris ça à ma petite lingère
J’écris pour le luth et pour les cœurs simples
J’écris pour ma grand-mère la dictée éternelle de son certificat d’études
J’écris des petites choses qui font plaisir qui flattent ou qui embêtent 2
J’écris des œuvres anthumes pour la postérité
J’écris en feuilletant les écrits des autres
Ces pages d’un temps autre
Ce temps qui ne passe pas

1 René de Obaldia (22 octobre 1918-27 janvier 2022) 2 Émile Berr (6 juin 1855- 9 octobre 1923)

MANIÈRES D’ÉCRIRE


Écrire n’est pas parler
Parlez-moi d’amour
dit la chanson des beaux discours

L'amour des mots
Je l'offre
à cette page
selon les caprices des sons
et des sens

Écrire n’est pas gémir
Pleurer à tout va
Comme font les professionnelles
des rituels d’oubli
Couvertes de noir et de cendres

J’ai écrit ce poème en silence
Sur cet espace donné
Sur ce papier dont j’aime
Le grain de folie et de liberté

Ici et maintenant
Et toujours dans l’inachevé…

Martigues 14 avril 2024

POINTE FINE POINTE COURTE

JE VAIS ENCOR ÉCRIRE jusqu’à ce que ma page soit pleine (ma plage soit peine)

Je vais encor écrire sans compter les signes sans me signer et même sans signer cet écrit

Je vais encor écrire à ma main avec cette pointe fine qui me fait penser à la Pointe Courte

Ce quartier sétois où les pêcheurs d’antan pratiquaient les petits métiers

Lançant leurs filets remaillés à bord de leurs pointus dans l’étang de Thau

Cette Pointe Courte où Agnès Varda réalisa son premier film en 1955

Format 35 mm noir et blanc musique Pierre Barbaud + thèmes folkloriques locaux

Avec Philippe Noiret :

Lui : « Avoue que c’est gai chez moi. Tu ne regrettes plus maintenant d’être venue ?

Et Sylvia Montfort :

Elle : « C’est toi que je vais aimer, natif de la Pointe Courte, fils d’un charpentier de marine,

amateur de joutes et de soleil.

Voilà j’ai encor écrit porté par le flot des lignes des signes

des souvenirs des choses vues imaginées

J’ai écrit sans y penser dans une nuit provençale profonde

J’ai écrit en silence

avec des phrases plus ou moins achevées fragiles

et comme j’en ai fait la promesse

sans signature et sans point final

QUEL BONHEUR QUE D’ÉCRIRE

Quel bonheur que d’écrire ainsi des kilomètres des milliers de pas d’une écriture qui ne cède jamais à la facilité même si pour le profane elle apparaît gratuite légère semblant savoir d’où elle vient où elle va alors qu’en réalité elle ne cède en rien à la facticité elle se trouve sans cesse devant ces chemins qui bifurquent des messages qui se contredisent des énigmes qu’il faut garder en suspens merci de bien vouloir patienter pour la suite…

quel bonheur que de faire mes hypnographies sur la photographie d’une peinture de Matta peinte en 1939 et mise aux enchères à Sotheby’s à New York les 14,15 et 16 mai 2018.

Jean Jacques Dorio Martigues 30 mars 2024

ACCUEILLIR CETTE NUIT

Accueillir cette nuit particulière 
je ne sais pas m’endormir
Mais l’accueillir
sans rien remuer de grave
au fond de soi
Si ce n’est en surface
cette plume en absence
qu’affectionnaient les poètes
écrivant des épîtres
au XVIe siècle

La page peu à peu
prend forme
j’ai pris le temps
de l’écrire
à mes correspondant.e.s
inconnu.e.s
qui se reconnaîtront

Martigues 22 mars 2024