J’ÉCRIS DE NE PAS ÉCRIRE

Escrever de não escrever 
selon ce que me dicte le fantôme de Pessoa
J’écris de ne pas écrire ce que d’autres ont déjà écrit
J’écris pour que d’autres écrivent sur mon texte palimpseste,
pâles insectes trempés dans l’encrier
et qui dans un dernier sursaut font des tortillons sur la page
J’écris cette littérature à soi semblable au balancement de l’abanico,
figure de style évoquant l’éventail
J’écris en éventant et réfutant les livres noirs qui vont s’ailleurisant
J’écris ici et maintenant

Martigues mardi 5 mars 2024

AU JOUR D’HUI

AUJOURD’HUI 



Ce mot posé sur ma feuille
comme la main remuant les cendres
pour souffler sur la braise de ce jour hésitant

Aujourd’hui sans hésitation
Refusant de prime abord
les rumeurs des radios du monde


Aujourd’hui commençant pas à pas
le chemin inconnu de ce poème
que je lis en l’écrivant


Plus lentement que n’allait Prévert
à l’enterrement de ses feuilles mortes

Au Jour d’Hui

QUESTIONS À MES LECTEURS FUTILES

J’écris en levant les lièvres d’un gîte où La Fontaine songe :
cet animal est triste et la crainte le ronge

J’écris en écoutant le dernier quatuor de Beethoven
devenu à cette époque sourd, sourd sublime

J’écris en traçant dans l’air la langue des signes
Sur les nuages qui passent là-bas là-bas

J’écris en posant des questions à mes lecteurs futiles
Fussent-ils pervers polymorphes ou slameurs insignes

J’écris sur les pavés que se passèrent de main en main
les petits gars et les jeunes filles de Mai 68

J’écris sur l’océan qui bouge depuis le premier bain
de vagues et de houles avant mes premiers vagissements

J’écris sur l’estuaire, exutoire d’un fleuve
Qui baigne mon poème mystérieusement

traces signes gestes avec Pauline ma fille et Alice sa fillette qui fera 2 ans demain le 2 février 2024

Londres 18 et 19 janvier

ÉCRIRE OU COMMENT DIRE ?

Écrire : tentative d’accroître son identité ?
On peut le dire ainsi,
Y compris s’il s’agit de choses écrites à la manière de Francis Ponge : on est alors l’espace d’un texte cageot, verre d’eau, crevette, voire, figue de paroles.
Écrire des notes de bas de pages pour subsister ou donner le change quand on doit maquiller son identité, juif à Trieste ou dans le ghetto de Varsovie.
Écrire au facteur pour qu’il accélère sa tournée quand seul, isolé, en milieu hostile, on reçoit des lettres du monde entier qui parlent, d'amour et de fraternité.

***

Une suite d’une correspondante depuis son petit bout du monde

Je vous écris d’un petit bout du monde.

Ici, inutile de presser le facteur comme une orange,

La lettre pourrait arriver, en quatre jours, de l’autre bout de la planète bleue.

Hélas, il ne suffit pas d’attendre que votre correspondant réponde.

Si, en train, nous avons le choix entre deux classes,
en poste, seule change la durée du voyage.

Les lettres du monde entier qui parlent, d’amour et de fraternité prennent leur temps

Dominique C.