COMMENT COMMENCER

-Commencez sans moi dit Socrate qui s’arrête de marcher qui a besoin de réfléchir sans bouger à une question qui le taraude laissant ses compagnons aller au Banquet

Commencer repartir de zéro amorcer entamer un texte une partie nouvelle

Comment c’est cette nuit à l’instant où tu écris ? J’entrecroise les paroles intenses de celles qui mettent littéralement le feu aux poudres

Commencer préluder avant toute attaque de motif cherchant ses résonances intimes

Ouvert à tous les vents le verbe déploie maintenant sa forme nominale :

ce commencement qui n’en finit pas

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

J’ÉCRIS opus 10





J’écris de mémoire en me remémorant les moires, les reflets
et leurs effets capricieux

J’écris entre égarement et confusion,
en attendant de retrouver,
comme par miracle,
les rimes et les rythmes
des Chantefleurs et des Chantefables

J’écris pour le négrillon qu’Ali Gator
voulait croquer au réveillon

J’écris pour la baleine
et pour ses baleineaux 

J’écris pour la jeunesse de Robert le Diable
transfiguré en dromadaire
pour son ami Apollinaire,
en ver luisant
pour Edouard Glissant

J’écris Tout Monde
Tout l’monde est malheureux
Tout l’temps

J’écris de Natashquan
Où le temps s’arrête

J’écris de ce pays
Où Vigneault m’attend

J’écris pour l’œil des hiboux
Qui voient rouge
Quand ils me voient cultiver
(noir sur blanc)
Le tumulte et le changement

J’écris de droite et de gauche,
Dextroverse, sinistroverse, arabe, hébreux

J’écris chinois

J’écris de plume et de calame,
De pinceau et de stabilo,
Ces feutres pointes fines
Que j’apprécie particulièrement

J’écris ironie de l’histoire
à ma fille gauchère
qui me lit en miroir
et se faisant m’aide à parfaire
mon dictionnaire à part

J’écris n’en revenant pas
D’avoir été gamin, enfant,
Homme jeune, quadra, quinqua
Et dans quatre ans (qui sait ?)
Multipliant par quatre mes vingt ans

J’écris envoyant
au diable l’écriture et les âges de la vie

J’écris comme un commencement
qui recommence
Et qui n’en finit pas



Avec Robert Desnos, Apollinaire, Edouard Glissant, Gilles Vigneault, Baudelaire, Pauline Dorio



DIALOGUES INTÉRIEURS





Nous survenons en quelque sorte, au beau milieu d’une conversation qui est déjà commencée et dans laquelle nous essayons de nous orienter afin de pouvoir à notre tour y apporter notre contribution. Paul Ricœur





–  Comment as-tu eu l’idée de ces dialogues intérieurs ?

– Pas « une idée » mais le glissement de ce fameux « monologue intérieur » des écrivains vers la formule dialogue.

– Mais qui questionne et qui répond ?

– C’est là le hic !

– Mais encore ?

– Dialogues de sourds, chantonnement des voix, paroles pour les yeux, comme dans les films muets…Il faut prêter l’oreille au clair-obscur de nos différentes personnes, de la première du singulier à la 6° de notre conjugaison.
– La sizième?

– Oui un trait grammatical  bien plus utile que la soi-disant 3° du pluriel.

Dialogues intérieurs : dialogues pluriels, questions ouvertes qui n’ont ni fin…ni commencement.


	

CE N’EST PAS SI SIMPLE





Ce n’est pas si simple d’écrire cette vie

Luttant contre le vide du sommeil

Et son trop plein de rêves





Le vivant touche au mort dans son sommeil

Éveillé il touche au dormeur.

(une traduction d’Héraclite « l’Obscur »)





Vie et vide Somme et sommeil

Plume en son « plume »

Tout poète libre penseur

Sans la musique d’un vers n’est rien





La mort n’y mord

Blason merveilleux tissé par Clément Marot





Ce n’est pas si simple mais l’on essaie

De pièces sortant du four noires et ratées

Aux belles irisées





C’est la Voie

Forgée dans l’inachèvement systématique

Et ce commencement qui n’en finit pas

L’étrange formule qui nous tient éveillé

Et nous réanime


	

LECTEURS PENDUS AU CLOU DE L’IMAGINATION





Vivre sans imaginer une vie autre

C’est vivoter

Mais l’imagination mise à toutes les sauces

Sans l’expérience de sa propre vie

C’est une voie sans issue





C’est tirer de la poudre aux moineaux

Prendre des vessies pour des lanternes

Ne pas savoir à quel clou pendre sa lampe





J’imagine qu’en disant tout cela

Je n’ai pas aidé mes dix-sept lecteurs

Qui ne sont pas tombés de la dernière pluie





Même si passant entre les gouttes

Ils ont tout loisir d’imaginer la suite

De ce commencement qui n’en finit pas